L’Etat islamique gagne du terrain en Syrie

SYRIE Alors que les forces kurdes parviennent à reprendre des villes irakiennes à l’Etat islamique (EI), les djihadistes continuent leur avancée en Syrie…

Anissa Boumediene

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Un groupe de combattants de l'Etat islamique (EI) en parade dans la ville de Rakka en Syrie.
Un groupe de combattants de l'Etat islamique (EI) en parade dans la ville de Rakka en Syrie. — Uncredited/AP/SIPA

L’EI, qui affronte en Syrie à la fois les rebelles et le régime de Bachar al-Assad, parvient pourtant à conquérir de nouveaux territoires. Bousculé en Irak, le «califat» autoproclamé fin juin poursuit sa stratégie de conquête sur l’autre région forte qu’il contrôle. «20 Minutes» fait le point sur l’avancée de l’EI en Syrie.

Où l’EI progresse-t-il en Syrie?

Les djihadistes ont perdu un peu de terrain en Irak, où les combattants kurdes, aidés des forces irakiennes et des frappes américaines, leur ont repris ce lundi trois villages au nord-est de Bagdad, dans la province de Diyala, ainsi que l’une des routes principales utilisées par l’EI pour transporter combattants, matériels et vivres. C’est donc du côté syrien que l’EI a intensifié les combats et a enregistré une importante victoire en prenant dimanche l’aéroport militaire de Tabqa, dernier bastion du régime de Bachar al-Assad dans la province de Rakka, riche en pétrole et aujourd’hui sous le contrôle intégral des djihadistes, où ils s’étaient déjà emparés de trois bases militaires au cours des dernières semaines.

L’EI a-t-il les moyens de poursuivre son offensive en Syrie?

Avec la prise de Tabqa, l’EI a mis la main sur un important arsenal d’armes, composé d’avions de chasse, d’hélicoptères et de pièces d’artillerie. Une prise venue gonfler un butin déjà bien garni, surtout depuis que les djihadistes ont pris le contrôle de Mossoul, la deuxième ville d’Irak, et ont mis la main sur l’ensemble des armes laissées par l’armée irakienne dans sa fuite.

Sur le plan humain, l’EI compterait de 10.000 à 50.000 soldats dans ses rangs. Une estimation modeste comparée aux 35.000 peshmergas kurdes et aux 250.000 soldats irakiens qui les combattent de l’autre côté de la frontière, à ceci près que les djihadistes de l’EI sont fanatiques et prêt à tout pour leur cause, y compris à mourir.

Enfin, et surtout, si le calife autoproclamé Abou Bakr al-Baghdadi a compris une chose, c’est que l’argent est le nerf de la guerre. Le trésor de guerre de l’EI serait estimé à 2 milliards de dollars, et proviendrait notamment de fonds qataris et saoudiens. Une fortune qui permet à l’organisation djihadiste de rémunérer grassement ses troupes et de contenir toute velléité de révolte sur les territoires qu’elle contrôle.

Peut-on intervenir en Irak sans intervenir en Syrie pour combattre l’EI?

Depuis le 8 août, les Etats-Unis ont mené plus de 90 frappes contre l’EI dans le nord de l’Irak. Washington, qui n’entendait pas intervenir sur le territoire syrien, a durci sa position depuis l’exécution sommaire par les djihadistes de l’EI du journaliste américain James Foley, enlevé en Syrie. Malgré la menace de l’EI de tuer un second otage américain si les raids se poursuivent, les Etats-Unis ont affirmé leur détermination à poursuivre leurs raids en Irak et menacé de les étendre à la Syrie, où les djihadistes affrontent à la fois les rebelles et le régime de Bachar al-Assad.

«Si vous vous en prenez à des Américains, nous irons vous chercher où que vous soyez», a déclaré Ben Rhodes, conseiller adjoint à la Sécurité nationale du président Obama, cité par le Wall Street Journal, signant ainsi la volonté de Washington d’apporter une réponse puissante à la menace que représente l’EI.

De leur côté, les autorités syriennes se sont dit prêtes lundi à coopérer avec la communauté internationale, y compris les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, pour lutter contre les djihadistes mais ont souligné que toute frappe en Syrie devait se faire «en coopération» avec elles.