VIDEOS. Jeune Noir tué à Ferguson: Le Ku Klux Klan refait surface

RACISME Les émeutes du Missouri ont ranimé certains spectres du passé aux Etats-Unis...

Thibaut Le Gal

— 

Un membre des Fraternal White Knights of the Ku Klux Klan, en juillet 2011, à Pulaski (Tennessee).
Un membre des Fraternal White Knights of the Ku Klux Klan, en juillet 2011, à Pulaski (Tennessee). — SPENCER PLATT/AFP

La mort d’un jeune noir abattu par un policier blanc a ravivé les tensions raciales à Ferguson. La ville du Missouri est secouée depuis le 9 août par des émeutes. Des tensions sur lesquelles entend surfer le Ku Klux Klan.

Une branche locale du groupuscule raciste lance ce week-end une collecte de fonds à Sullivan, une ville à quelques centaines de mètres de Ferguson. Le mouvement n’acceptera que des dons de dix dollars minimum. «Tout l’argent récolté ira au flic qui a fait son travail contre le criminel nègre», explique le New Empire Knights of the Ku Klux Klan (Les nouveaux chevaliers de l’empire du KKK) sur son blog.

Charles Murray, le «sorcier impérial» du New Empire Knight, explique à News Vice que ses membres se rendraient à Ferguson pour «garder les habitations et les commerces des Blancs qui se sentaient menacés». Le blog précise: «Nous ne pouvons pas laisser des noirs extorquer et tuer des blancs innocents». La photo d’un homme cagoulé avec une arme automatique illustre cette note.Site internet du New Empire Knight of the Ku Klux Klan - capture d’écran

Des groupuscules locaux et divisés

Depuis sa création à la fin de la guerre de Sécession en 1865, «le Ku Klux Klan disparaît et réapparaît, à l’image d’un bouton de fièvre. Mais leur idéologie dominante reste la défense du «White power», avec la thèse de la suprématie de la race blanche. Les Blancs seraient menacés par la miscegenation [mélange d’origines différentes]», explique Farid Ameur, docteur en histoire et auteur de Ku Klux Klan (Fayard, 2008).

A son apogée, dans les années 1920, le KKK comptait plusieurs millions de membres actifs et exerçait une réelle influence politique.

Aujourd’hui, «le KKK n’est plus que l’ombre de lui-même. Une sorte de myriades de petits groupes locaux, originaires principalement du Sud du pays, dans les anciens Etats esclavagistes de la Confédération», explique le politologue spécialiste de l’extrême-droite, Jean-Yves Camus.

«Ces groupuscules, concurrents, s’approprient le nom du KKK surtout pour en tirer profit.» Ils seraient entre 5.000 et 8.000, répartis entre une douzaine de branches différentes, selon le Southern Poverty Law Center (SPCL), un organisme spécialisé dans la lutte contre ces groupes extrémistes.

Séduire une nouvelle génération

Vu de France, l’existence de tels groupes peut surprendre. «Le premier amendement de la Constitution américaine couvre tout en matière de liberté d’expression. Vous pouvez exprimer vos idées par des manifestations en uniformes du KKC si vous le souhaitez. Tant que vous ne portez pas atteinte de manière physique ou par des actes répréhensibles, il n’y a aucune barrière», assure Jean-Yves Camus.

Leur action politique reste toutefois limitée. Face à cette perte de vitesse, les Klans tentent de séduire une nouvelle génération. En juillet, le KKK de Caroline du Sud a lancé une vaste opération de recrutement en déposant dans les boîtes aux lettres des bonbons accompagnées du tract: «Sauvez votre pays, rejoignez le Klan!»


La technique du KKK pour recruter: offrir des… par buzger

Les KKK diversifient également leurs attaques «en exploitant les faits divers, les débats autour du mariage gay, de l’avortement, de la délinquance ou de l’immigration», ajoute Farid Armeur. «Ils sont aussi très actifs sur les réseaux sociaux pour tenter d’attirer un public plus jeune».

Désormais en contact avec des groupes néonazis ou skinheads, les Klans représentent toujours une menace. «Le danger est réel. L’élection d’Obama a réveillé un mouvement de défiance contre les Noirs qui s’ajoute au nouveau fantasme de la subversion par l’immigration latino-espagnole».