Moyens financiers, combattants, zones d'influence: Tout ce qu'il faut savoir sur l’Etat islamique

TERRORISME Ennemi numéro un du monde occidental depuis l’assassinat de James Foley, le mouvement de l’Etat islamique inquiète de plus en plus par l’ampleur qu’il prend…

Vincent Vantighem

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Une photo diffusée sur le compte Twitter d'Al-Baraka montre des combattants de l'Etat islamique le 11 juin 2014
Une photo diffusée sur le compte Twitter d'Al-Baraka montre des combattants de l'Etat islamique le 11 juin 2014 — - Albaraka News

Une vidéo horrible de décapitation. Et la peur dans tout le monde occidental. Impliqué en Irak et en Syrie, l’Etat islamique (EI) étend son influence à grande vitesse. 20 Minutes fait le point sur tout ce qu’il faut savoir sur le mouvement terroriste le plus dangereux à l’heure actuelle.

De quel régime s’agit-il?

Le 30 juin, les djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ont annoncé le rétablissement du «califat islamique», par la voix de leur porte-parole. Après avoir conquis de larges bandes de territoire en Irak et en Syrie, ces djihadistes ont donc décidé de rétablir un régime vieux comme l’islam. A cette occasion, ils ont abandonné l’appellation en Irak et au Levant pour devenir l’EI.

>> Analyse: Que représente vraiment le «califat islamique»?

Le calife désigne en effet le successeur du prophète Mahomet comme étant un «émir des croyants» partout dans le monde. Il a connu son âge d’or au temps des Omeyyades (661-750). Qualifié par l’Etat islamique de «rêve de tout musulman» et «souhait de tout djihadiste», le califat est censé s’imposer sur toute autre autorité à travers le monde.

Qui le dirige?

Mise à prix 10 millions de dollars par les Etats-Unis, la tête d’Ibrahim al-Badri al-Samarraï a mis du temps à s’afficher sur les télévisions du monde entier. Surnommé le «fantôme», cet homme de 43 ans est sorti de l’ombre le 30 juin lors d’un prêche prononcé depuis la grande mosquée de Mossoul (Irak) où il annonçait le rétablissement du «califat islamique». C’est à cette occasion qu’il prend le nom d’Abou Bakr al-Baghdadi.

Vidéo: Un extrait du prêche sous-titré

Selon une biographie diffusée par ses partisans, il serait un descendant du prophète Mahomet, un lignage prestigieux indispensable pour prétendre au titre de calife. Il aurait obtenu un doctorat d’études islamiques, d’où son titre de «docteur».

>> Portrait: Qui est Abou Bakr al-Baghdadi?

Arrêté par les Américains à Falloujah (Irak) en 2004, il passe cinq ans au camp de détention de Bucca, période au cours de laquelle il se radicalise un peu plus. Relâché en 2009 dans le cadre de la libération de milliers de détenus avant le retrait américain, il multiplie les attentats meurtriers et exécutions publiques sanglantes au nom de la charia.

Quelle est sa zone d’influence?

Si l’Etat islamique apparaît complètement opérationnel en Irak et en Syrie où il a recréé son califat, il pourrait s’étendre bien au-delà.

Ainsi, selon le chercheur Charles Lister, cité par le Huffington Post, il serait «présent mais caché dans le sud de la Turquie et aurait une présence au Liban.» En outre, toujours selon lui, il aurait déjà acquis des partisans «en Jordanie, à Gaza, dans le Sinaï, en Indonésie et en Arabie Saoudite.»

De quels moyens financiers dispose-t-il?

En investissant de larges bandes de territoire en Irak et en Syrie, l’EI aurait mis la main, petit à petit, sur un véritable trésor de guerre estimé à près de deux milliards de dollars. Sa principale source de revenus émanerait de la quinzaine de puits de pétrole dont il a pris le contrôle. Cela lui rapporterait huit millions de dollars chaque mois. Soit un de moins que ce que les impôts de guerre lui rapportent. Surtout, ce sont les 1,3 milliard d’actifs financiers qui font de ce mouvement terroriste «le plus puissant de la planète».

Combien d’hommes revendique l’EI?

Mercredi, l’Observatoire des droits de l’homme en Syrie a indiqué que le nombre de combattants de l’Etat islamique aurait dépassé les 50.000 hommes. Contacté par 20 Minutes, Alain Rodier, ancien membre de la DGSE et directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) indique que «l’organisation aurait recruté, le mois dernier, 6.000 hommes parmi les populations locales». L’Etat islamique ouvrirait, toujours selon lui, des bureaux de recrutement dans les villes qu’il conquiert. «Ils connaissent un succès relatif auprès des jeunes désœuvrés», assure encore l’analyste.

Est-ce un mouvement affilié à Al-Qaïda?

Jusqu’ici non. Le commandement général du mouvement créé par Oussama Ben Laden a désavoué l’Etat islamique. Il «n’est pas une branche d’Al-Qaida, n’a aucun lien organisationnel» avec le réseau, qui «n’est pas responsable de ses actions», a ainsi affirmé un communiqué du commandement général du réseau fondé par Oussama ben Laden, mis en ligne en février sur les sites djihadistes. Le chef d’Al-Qaïda Ayman Zawahiri avait déjà affirmé que le Front al-Nosra était désormais la seule branche du réseau en Syrie, désavouant ainsi l’EIIL, une émanation de l’Etat islamique en Irak (ISI) combattant dans les deux pays.

>> Les faits: Al-Qaïda prend ses distances avec l’Etat islamique

Mais selon Mathieu Guidère, professeur d’islamologie à Toulouse, la décision des Américains de frapper les positions de l’EI marginalise l’organisation. «La seule option qui lui reste, c’est de s’allier avec son concurrent d’hier: Al-Quaïda. C’est le message envoyé par l’exécution de James Fley, qui rappelle celle de Daniel Pearl. Tous les représentants Al-Quaïda vont se reconnaître et se dire l’Etat islamique est comme nous», explique-t-il ce jeudi à Libération.