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IRAKLes tribus sunnites, clé de voûte du problème irakien

Les tribus sunnites, clé de voûte du problème irakien

IRAKLe retournement des combattants sunnites pourrait être décisif dans la lutte contre l'Etat islamique...
Un soldat des forces kurdes, qui combattent les jihadistes de l'Etat islamique (EI), le 8 août 2014 à Khazer, à l'ouest d'Erbil, en Irak
Un soldat des forces kurdes, qui combattent les jihadistes de l'Etat islamique (EI), le 8 août 2014 à Khazer, à l'ouest d'Erbil, en Irak - Safin Ahmed AFP
Thibaut Le Gal

Thibaut Le Gal

Pour établir son Etat islamique, le calife autoproclamé Abou Bakr al-Baghdadi, a su fédérer différents combattants sunnites d’Irak. Mais la terreur et les massacres ont également cristallisé les oppositions. D’une voix, la «communauté internationale» a condamné les atrocités perpétrées sur les minorités religieuses. Face à la faiblesse de l’armée irakienne, la France et les Etats-Unis ont choisi: les pershmergas seront les bras armés de l’opposition aux djihadistes. Un pari gagnant?

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«Il y a eu une sorte d’union sacrée pour mettre fin à la vague djihadiste. Les Kurdes ont mis en sommeil leurs divisions, peut-être de manière éphémère, mais face à cette avancée historique des combattants de l’EI, ils n’avaient plus le choix», explique Myriam Benraad, chercheuse au Ceri (Sciences Po) et spécialiste de l’Irak et du Moyen-Orient.

Mais «les pershmergas ne pourront déraciner seuls les djihadistes», prévient Myriam Benraad. «La clé de voute de la crise irakienne est sunnite. Les tribus sunnites du nord et de l’ouest du pays sont les seules qui pourront contrer véritablement l’avancée de l’Etat islamique car elles vivent parmi les populations.»

Sahwa, les milices du réveil

«Les tribus ont toujours adapté des positions assez contrastées à l’égard des djihadistes. Une partie les a soutenus, une autre les a combattus», rappelle la chercheuse. «Lors de l’invasion américaine, les sunnites ont soutenu la révolte.» Mais la montée en puissance des salafistes et les atrocités perpétrées de 2002 à 2006 changent la donne. «Certaines tribus à Al-Anbard (ouest du pays) ont passé des alliances avec les troupes américaines pour lutter en 2007 contre l’EI et mettre fin à la politique de terreur. C’est ce qu’on a appelé les sahwa (milices du réveil)». Grâce aux armes américaines, les progrès sont rapides. «La sécurité a été rétablie en l’espace d’un an», note Myriam Benraad.

Armer les sunnites?

Pourtant, certaines tribus sunnites se sont rapprochées de l’Etat islamique ces dernières années. «Ces alliances et la radicalisation de certaines tribus sont le résultat de la politique de marginalisation de l’ancien premier ministre chiite. Nouri al-Maliki les avait exaspérées en envoyant l’armée quand les sunnites demandaient leur réinsertion dans le jeu politique», assure Myriam Benraad.

Ce n’est donc pas un hasard, si d’importantes tribus sunnites d’Al-Anbar ont pris les armes contre l’Etat islamique au lendemain de l’éviction d’al-Maliki. «Sous la houlette du nouveau premier ministre, le gouvernement a très bien compris l’intérêt d’une coopération avec les tribus pour la lutte contre les djihadistes. N’oublions pas que l’Irak est une société tribale. Seules les tribus peuvent mobiliser très rapidement jusqu’à plusieurs milliers d’individus.»

Cette redistribution des cartes sera toutefois inefficace sans l’appui des Occidentaux, pour Myriam Benraad. «Face à l’EI, les tribus sunnites ne sont pas suffisamment armées. Les Occidentaux et le gouvernement doivent les aider comme ils l’ont fait pour les combattants kurdes. C’est un pari à prendre, mais c’est le seul moyen de voir tomber les djihadistes.»

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