Un village chinois figé à l'ère Mao

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Le mensonge et la culture du secret ont permis au maoïsme d'attirer des intellectuels occidentaux souvent crédules tandis que Mao affamait son peuple et faisait régner la terreur, ont expliqué à l'AFP les auteurs d'une biographie du grand timonier. "Mao a entrepris de promouvoir le maoïsme à l'étranger en 1960, l'année durant laquelle 22 millions de Chinois sont morts de faim et d'épuisement"
Le mensonge et la culture du secret ont permis au maoïsme d'attirer des intellectuels occidentaux souvent crédules tandis que Mao affamait son peuple et faisait régner la terreur, ont expliqué à l'AFP les auteurs d'une biographie du grand timonier. "Mao a entrepris de promouvoir le maoïsme à l'étranger en 1960, l'année durant laquelle 22 millions de Chinois sont morts de faim et d'épuisement" — Goh Chai Hin AFP/Archives

Voilà un petit bourg dans lequel notre ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, en visite officielle en Chine, ne se rendra sûrement pas. A Nanje, dans le Henan (Est), les habitants se réveillent chaque matin sur L'Est est rouge, un air révolutionnaire qu'on ne chante plus dans le reste de la Chine depuis vingt-cinq ans. Pas de doute, on est toujours en terre communiste. Nanje, village de 3 600 habitants, est le dernier bastion collectiviste de l'empire du Milieu. Un passage à la privatisation a été tenté dans les années 1980. « Mais ça a été une catastrophe : les paysans ne savaient pas travailler seuls », explique Wang Hongping, le chef du village. Il a donc proposé de reprendre le mode de vie édicté par Mao et son décorum austère : publicité et restos chics interdits, slogans communistes sur les façades. L'autocritique est encore pratiquée : « Pour le folklore », assure-t-il, souriant.

Les habitants s'en accommodent. Car entre-temps, Nanjie s'est industrialisé et, avec ses vingt-six usines, est devenu le village le plus riche de la région. « On reçoit, quel que soit notre métier, 250 yuans par mois (25 euros) ; c'est peu, mais tout est payé ! Le loyer, les meubles, l'école et les mariages ! », s'exclame Qu Yuhong. Diplômée en commerce, elle est l'une des six cents « citoyens d'honneur » qui ont choisi de s'installer ici. Comme Huang Zunxian, 71 ans : « J'ai de l'eau chaude 24 heures sur 24, ma vie est meilleure qu'en ville », assure-t-elle.

Mais le système a ses limites. Si les usines font 1,6 milliard d'euros de chiffre d'affaires, le village ne parvient pas à éponger ses 60 millions d'euros de dettes. Les villageois ont interdiction d'épargner. Et surtout, cette « utopie communiste » ne s'applique pas aux 6 000 ouvriers qui peuplent les dortoirs de Nanje et travaillent douze heures d'affilée. « Ils ne sont communistes qu'entre eux, nous ils nous exploitent », raconte Li Xiaorui, une serveuse de 20 ans. Wang Hongping ne le cache pas : « Sans ces ouvriers, le village ne serait pas si riche. Mais ils ne cherchent qu'à gagner de l'argent. Alors on leur donne un salaire plus élevé (60 euros), mais sans avantages sociaux. »

A Nanje, Caroline Dijkhuis

Douste-Blazy devait rencontrer son homologue et le Premier ministre Wen Jiabao, avec qui il devait notamment aborder les perspectives de coopération économique entre les deux pays.