Irak: «Certains déplacés sont très démunis, et ont besoin de tout»

INTERVIEW Stanislas Morau, chargé de programme au sein de l’ONG Première Urgence - Aide Médicale Internationale, dresse le tableau de la situation humanitaire au Kurdistan...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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A Aski Kalak, à 40 kilomètres d'Erbil dans la zone autonome du Kurdistan irakien, des enfants dont les familles ont été déplacées tentent de se distraire sous une tente du HCR, le 17 juin 2014
A Aski Kalak, à 40 kilomètres d'Erbil dans la zone autonome du Kurdistan irakien, des enfants dont les familles ont été déplacées tentent de se distraire sous une tente du HCR, le 17 juin 2014 — Karim Sahib AFP

Depuis deux mois, des centaines de milliers de personnes sont jetées sur les routes du nord de l’Irak après l'offensive fulgurante des djihadistes de l’Etat islamique (EI), qui se sont emparés depuis le 9 juin de pans entiers du territoire au nord, à l'ouest et à l'est de Bagdad.

Alors que l’escalade des violences se poursuit, Stanislas Morau, chargé de programme au sein de l’ONG Première Urgence - Aide Médicale Internationale (PU-AMI), dresse pour 20 Minutes la situation humanitaire sur place.

Quelle réponse PU-AMI apporte-t-elle en Irak?

Depuis 2013, la raison d’être de PU-AMI au Kurdistan était la prise en charge des soins de santé primaires (c’est-à-dire ceux qui peuvent être effectués par des médecins généralistes) dans deux camps de réfugiés syriens dans la zone de Dohuk. Nous devions y rester jusqu’à ce que le gouvernement du Kurdistan soit capable de prendre en charge cette tâche efficacement avec ses propres ressources. Nous étions confiants sur le fait que cela serait possible d’ici un an ou deux.  Mais, l’offensive de l’EI a changé la donne, en superposant une crise à une autre. Nous diversifions désormais notre réponse pour venir aussi en aide aux déplacés irakiens.

De quelle manière?

A Gawilan, un camp de réfugiés syriens proche de Mossoul, les djihadistes étant tout proches, les réfugiés ont été évacués et relocalisés sur des camps plus éloignés de la ligne de front. Nous, nous avons toujours une clinique dans ce camp, et nous attendons le feu vert des autorités pour y retourner. En attendant, nos équipes se sont relocalisées sur la ville de Bardarash, ou des déplacés irakiens (je n’ai pas le nombre exact, ils sont entre 500 et 1.500) sont hébergés dans une quinzaine d’écoles.

Quels sont les besoins de ces déplacés?

En termes de couverture des besoins, la situation est extrêmement tendue. En plus des 200.000 personnes déplacées après la prise de Mossoul le 9 juin, environ 30.000 personnes ont fui depuis le week-end dernier la région du Sinjar pour entrer au Kurdistan, alors que quelques dizaines de milliers d’autres sont toujours encerclées dans les montagnes du Sinjar.

Personne n’a accès à eux pour l’instant, même si des parachutages de vivres et d’eau sont effectués. Pour ceux auxquels nous avons accès, certains sont autonomes car ils ont les moyens financiers de se payer un logement -chambre d’hôtel ou location- et d’acheter de quoi se nourrir. Mais la question qui se pose est de savoir combien de temps ils vont pouvoir tenir avec leurs économies. D’autres sont bien plus démunis, et ont besoin de tout -abri, eau, nourriture, soins, kits hygiène (latrines, douches)…

Comment répondez-vous à ces besoins?

Depuis le début de la crise, le système de coordination habituel en cas d’urgence -coordination sectorielle où l’on se rencontre par «cluster» pour partager les besoins des populations, coordonner notre réponse et se répartir la tâche en termes de couverture géographique- est en place, sous la houlette de l’OCHA à Erbil.

Pour PU-AMI, la spécificité de cette crise, c’est une situation très dynamique, avec des gens qui se déplacent. Certains ne sont qu’en transit au Kurdistan, avant de rejoindre le sud de l’Irak ou de partir vers l’Europe. Nous envisageons donc de mettre en place un programme RRM (rapid response mecanism), qui nous permettrait de dépêcher, dans les zones où l’on apprend l’arrivée de nouveaux groupes, des équipes pour évaluer leurs besoins, et couvrir ces besoins primaires pour quelques jours avant de les référer à d’autres ONG ou agences qui pourraient leur fournir une couverture de plus long terme.