Ukraine: «Les Russes n’ont bien entendu pas abandonné les rebelles»

INTERVIEW Pour Dominique Colas, professeur à Sciences po et chercheur au Ceri, la Russie continue de soutenir les séparatistes de l’est du pays...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Des soldats ukrainiens près de Donetsk, le 6 août 2014.
Des soldats ukrainiens près de Donetsk, le 6 août 2014. — ANATOLII STEPANOV / AFP

Après quatre mois de conflit dans l’est de l’Ukraine, l’offensive de l’armée régulière se concentre sur les places fortes de rebelles. Alors qu’elle semblait dépassée au cours des premières semaines, l’armée ukrainienne a réussi à isoler les deux derniers bastions des séparatistes prorusses, Lougansk et Donetsk, confrontés depuis plusieurs jours à une offensive d’envergure. Un retournement de situation que Dominique Colas, professeur à Sciences po et chercheur au Ceri, attribue aux conséquences du crash de l’avion de Malaysia Airlines, le 17 juillet dernier.

Les rebelles semblent en perte de vitesse. Moscou les aurait-il abandonnés?

Politiquement, les Russes n’ont bien entendu pas abandonné les rebelles ukrainiens. Vladimir Poutine espère toujours instaurer un Etat fédéral en Ukraine qui pourrait permettre de rattacher à la Russie certaines provinces ukrainiennes. Cependant, les conséquences politiques du crash de l’avion de Malaysia Airlines ont rendu plus difficile la fourniture d’armes.

Y a-t-il des forces russes parmi les rebelles ukrainiens?

Il est possible que des éléments russes encadrent et conseillent toujours les rebelles, notamment à l’apprentissage de l’utilisation des armes. Mais parmi les rebelles, il y a aussi d’anciens militaires ukrainiens qui savent utiliser des armes sophistiquées. La preuve encore la semaine dernière lorsqu’un avion de chasse et un hélicoptère des forces ukrainiennes ont été abattus alors qu’ils survolaient la zone rebelle. Cela ne se fait pas avec des armes légères.

L’armée ukrainienne est donc aujourd’hui supérieure sur le terrain?

L’armée ukrainienne n’est pas fondamentalement plus forte qu’avant le crash de l’avion de Malaysia Airlines, mais la situation la renforce de fait. Et, après avoir «resserré au maximum l’étau» autour de Donetsk et Lougansk comme elle l’a annoncé, elle coupe aujourd’hui les lignes de ravitaillement -en carburant, en munitions…- et de communication pour mécaniquement affaiblir les rebelles retranchés. Elle semble également cibler des objectifs précis dans ces villes.

Mais elle rencontre un problème de taille: la présence de civils. Si une bonne partie de la population a fui, beaucoup sont toujours dans les deux villes. Et, même si les rebelles ne s’en servent pas comme boucliers humains, il est très difficile pour l’armée régulière de lancer une offensive militaire trop intense du fait de leur présence. Elle doit cibler des rebelles qui sont au milieu de la population civile qu’elle entend libérer en évitant de la toucher, au risque de la voir se retourner contre elle.