Répression des Frères musulmans: L'Egypte interdit l'entrée à Human Rights Watch

DEMOCRATIE Le directeur de l’association devait présenter un rapport sur les dispersions sanglantes de manifestations pro-Morsi commise par la police et l’armée le 14 août 2013…

20 Minutes avec AFP

— 

Des soldats égyptiens marchent devant la mosquée Rabaa al-Adawiya, ancienne place forte des Frères musulmans, le 15 août 2013 au Caire
Des soldats égyptiens marchent devant la mosquée Rabaa al-Adawiya, ancienne place forte des Frères musulmans, le 15 août 2013 au Caire — Khaled Desouki AFP

Human Rights Watch (HRW) a annoncé lundi que son directeur a été interdit d’entrer en Egypte où il devait présenter un rapport de son organisation sur la sanglante répression visant les partisans du président islamiste Mohamed Morsi destitué par l’armée il y a un an.

Visa refusé pour «raisons de sécurité»

L’organisation internationale de défense des droits de l’Homme basée à New York qualifie notamment de «probables crimes contre l’Humanité» la dispersion sanglante par la police et l’armée le 14 août 2013 de deux rassemblements de partisans de Mohamed Morsi, qui ont fait officiellement quelque 700 morts en une journée parmi les manifestants.

Le directeur exécutif de HRW, Kenneth Roth, ainsi que la directrice de l’organisation pour le Moyen Orient Sarah Leah Whitson, ont été retenus dimanche soir douze heures durant à leur arrivée à l’aéroport du Caire, avant de se voir refuser un visa d’entrée pour «raisons de sécurité», écrit Sarah Leah Whitson sur son compte Twitter.

 

Ils devaient présenter mardi à la presse au Caire un rapport de 195 pages pour marquer le premier anniversaire du «massacre de Rabaa al-Adawiya et des tueries de masse de manifestants en Egypte». «Le bilan du massacre de Rabaa est comparable à ceux de Tiananmen et Andijan», la répression sanglante en 2005 dans cette ville d’Ouzbékistan, écrit lundi matin Kenneth Roth dans un tweet.

1.400 morts parmi les manifestants pro-Morsi

La mort des manifestants de Rabaa et Nahda, tués par balles pour l’immense majorité, a été le principal point de départ d’une impitoyable répression qui a fait, depuis, au moins 1.400 morts parmi les manifestants pro-Morsi, en particulier la confrérie islamiste des Frères musulmans. Les dispersions des rassemblements des places Rabaa al-Adawiya et Nahda, en plein coeur du Caire, sont survenues un peu plus d’un mois après que le chef de l’armée, Abdel Fattah al-Sissi, eut destitué et fait arrêter Mohamed Morsi, le premier président jamais élu démocratiquement en Egypte, un an et demi après la chute de Hosni Moubarak.

Depuis la destitution de M. Morsi, après que des millions d’Egyptiens furent descendus dans la rue pour demander son départ, outre les quelque 1.400 tués, plus de 16.000 Frères musulmans et sympathisants ont été emprisonnés, selon les organisations de défense des droits de l’Homme. Des centaines ont été condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs, qualifiés par l’ONU de «sans précédent dans l’Histoire récente» du monde.

De même, la quasi-totalité des cadres des Frères musulmans, la confrérie qui avait remporté toutes les élections depuis la chute de Moubarak début 2011, ont été arrêtés et sont jugés, à l’instar de M. Morsi, dans des procès pour lesquels ils encourent, ou ont été condamnés à la peine capitale.