Internet: La Chine veut construire un «cyberespace propre»

CHINE De nouvelles règles visent à empêcher que les réseaux sociaux ne servent d’espace de débat public ou d’expression pour les dissidents au régime…

M.C.

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PETER PARKS / AFP

Montrer patte blanche avant de parler politique sur Internet. Dans un nouveau tour de vis contre l’information sur Internet, les autorités chinoises viennent d’annoncer de nouvelles règles «dans l’intérêt de la sécurité nationale» et pour «aider à construire un cyberespace propre».

Ces règles concernent les comptes dits «publics» ou «officiels», c’est-à-dire ceux par lesquels s’expriment entreprises et célébrités et suivis par un grand nombre d’internautes. Le Wall Street Journal rapporte que les blogueurs chinois ont migré en masse vers ce type de comptes l’année dernière, alors que Pékin sévissait sur les autres types de réseaux sociaux. Seuls les sites d’information et «autres sites autorisés» auront d’ailleurs le droit de poster ou de partager des informations d’ordre politique.

«Menacer plus que contrôler»

Une définition relativement vague, qui selon l’historien et blogueur chinois Zhang Lifan permettra aux autorités d’interpréter les règles à leur convenance: «Je pense que le but est plus de menacer que de réellement superviser et contrôler», déclare-t-il au Financial Times.

Ceux qui postent sur ces comptes devront par ailleurs s’enregistrer sous leur identité réelle et s’engager à «respecter les lois et les règles, le système socialiste, les intérêts nationaux, les droits légitimes et les intérêts des citoyens, l’ordre public et la morale, et s’assurer de l’authenticité des informations qu’ils fournissent».

Services chinois et étrangers

Les règles, édictées par le bureau d’Etat de l’Information et d’Internet, concerneront les services chinois de messagerie instantanée Laiwang, propriété du géant de l’Internet Alibaba, et WeChat, qui compte à lui seul 393 millions d’utilisateurs, selon le Wall Street Journal. Les services sud-coréen KakaoTalk et japonais Line (400 millions d’utilisateurs dans le monde) subissent déjà des perturbations et des interruptions de service en Chine.

Ces règles s’inscrivent dans la tendance des autorités chinoises à empêcher que les réseaux sociaux ne servent d’espace de débat public ou d’expression pour les dissidents au régime. Pékin avait dans un premier temps adopté une approche relativement souple à l’égard des réseaux sociaux afin de prendre la température de l’opinion et de permettre aux citoyens d’évacuer leur frustration.