Sanctions de Poutine: «On peut en profiter pour affirmer: "Je fais la nique à Poutine, les pommes, moi, je vais les manger"»

INTERVIEW Les pomiculteurs s’inquiètent de l’embargo décidé par la Russie sur les produits alimentaires européens…

Audrey Chauvet

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Un verger de pommes.
Un verger de pommes. — GILE MICHEL/SIPA

L’actualité s’est brutalement invitée au plutôt tranquille congrès annuel des producteurs de pommes européens: l’embargo décidé ce jeudi matin par la Russie sur les produits alimentaires européens pourrait peser lourd sur la filière pommes, les fruits les plus exportés vers la Russie. Actuellement à Istanbul ou il participe au congrès des producteurs de pommes européens, Daniel Sauvaitre, pomiculteur en Charente et président de l’Association nationale pommes poires (ANPP), compte sur un soutien des consommateurs français pour éviter une crise de la pomme.

Comment les producteurs de pommes européens ont réagi à la décision russe?

L’ombre de Vladimir Poutine a plané toute la journée sur le congrès. Tous les pays européens ont essayé d’évaluer l’impact que cette décision pourrait avoir. La pomme de France ne sera pas la plus impactée puisque les exportations vers la Russie ne représentent que 30 à 50.000 tonnes sur une production d’1,5 million. Hier, notre homologue polonais nous disait qu’après la première mesure de blocage des importations de la part de la Russie qu’ils ont subi, les réseaux sociaux se sont enflammés pour soutenir les pomiculteurs polonais et cela leur a permis de vendre trois fois plus de pommes qu’en temps normal la semaine dernière! En seulement une semaine, ils ont vendu tous leurs stocks de pomme. Face à cet embargo qui leur pose plus de problèmes qu’à nous, ils comptent beaucoup sur cette demande nationale pour surmonter la crise.

Vous espérez une telle mobilisation en France?

Je souhaite vraiment que le consommateur français ait envie de bénéficier de la très bonne récolte qui s’annonce cette année. On peut en profiter pour affirmer: «Je fais la nique à Poutine, les pommes, moi, je vais les manger». Il s’agit de réveiller le sentiment national pour soutenir notre économie et les producteurs nationaux. Très honnêtement, cette année, nous allons faire tout ce qu’on peut pour vendre au-dessus du prix de revient, mais la partie n’est pas gagnée…

L’impact de l’embargo peut être très grave pour les pomiculteurs français?

Le quotidien d’un producteur de fruits et légumes est fait d’une compétition très difficile et dans ce contexte, il va y avoir beaucoup de turbulences. Moi le premier, je pense à ma propre exploitation et j’ai des craintes. C’est une vraie perturbation mais cette mesure pourrait être révisée et on entre maintenant dans un bras de fer dont on ne sait pas comment il va évoluer.

>> Embargo de la Russie: le coup de grâce pour les producteurs français?

Cet embargo pourrait être contourné?

Les circuits pour la Russie peuvent être très étranges et les contournements d’approvisionnement pourront se faire par des pays comme la Serbie, qui bénéficient d’accords douaniers avec la Russie. On pourrait imaginer que des revendeurs y «naturalisent» des fruits de quelque origine que ce soit pour pouvoir achalander le marché russe. Je pense qu’une partie de l’approvisionnement russe continuera à se faire de cette manière.