Michael Jackson et James Safechuck, en 1988, à Londres, en Grande-Bretagne.
Michael Jackson et James Safechuck, en 1988, à Londres, en Grande-Bretagne. — Rex Fea/REX/SIPA

JUSTICE

Michael Jackson accusé d'agressions sexuelles sur mineur: «La partie s’annonce difficile» pour l’accusation

Des avocats décryptent la demande d’autorisation de poursuite engagée par un Américain qui assure avoir été abusé sexuellement par la star...

Michael Jackson a beau être mort en 2009, la justice n’en a pas encore fini avec la star. Après Wade Robson, un Australien de 31 ans, l’an dernier, c’est désormais au tour de James Safechuck, un Américain de 36 ans, d’accuser le «roi de la pop» de l’avoir agressé sexuellement lorsqu’il était enfant. Ce dernier assure que Jackson a abusé de lui une centaine de fois à partir de ses 10 ans jusqu’à sa puberté, et a donc déposé une demande d’autorisation de poursuivre Michael Jackson, ou tout du moins sa société, pour abus sexuel. Décryptage.

La justice peut-elle vraiment poursuivre Michael Jackson?

Si les médias français évoquent une demande de poursuites à l’encontre de Michael Jackson, il serait plus correct de parler de procédure civile à l’encontre de Michael Jackson Estate, la société qui gère son héritage. Car aux Etats-Unis comme en France, on ne peut poursuivre un mort en justice au pénal. «Il s’agit d’une poursuite en responsabilité civile contre les ayants droit», précise Me Dominique Inchauspé, avocat spécialiste du droit américain. Une action judiciaire dont le but est d’obtenir des dommages et intérêts, ajoute Me Gilles Devers, avocat au Barreau de Lyon.

La demande a-t-elle des chances d’aboutir?

Les défenseurs des héritiers de Michael Jackson sont confiants sur l’issue négative de la demande. «La demande tardive de M. Safechuck de porter plainte contre Michael Jackson pour s’enrichir sera à coup sûr rejetée, a ainsi assuré au site TMZ Howard Weitzman. Cette personne porte ses accusations cinq ans après la mort de Michael, et plus de vingt ans après les supposés incidents, même si elle avait juré sous serment qu’il ne lui avait jamais rien fait subir d’inapproprié.» «La partie s’annonce difficile» pour Safechuck, confirme Me Devers, qui liste les obstacles sur sa route: des faits anciens, des témoins très difficiles à trouver et l’absence de lésions corporelles. Et l’avocat de soupçonner une «affaire montée». «Si cela se passait en France, je dirais que l’avocat cherche à se faire de la publicité ou à récupérer de l’argent», commente-t-il. En déposant une demande d’autorisation de poursuite, l’avocat de Safechuck pourrait donc viser à pousser Jackson Estate à transiger. Une stratégie incertaine, étant donné que celle-ci «connaît désormais, grâce aux documents de cour, les éléments dont dispose l’accusation», relativise Me Inchauspé. Or s’ils sont faibles…

Comment une telle demande serait-elle reçue en France?

En France, une action au civil ne nécessite pas l'accord du procureur. Une poursuite aurait donc pu être engagée contre les ayants droit d’une célébrité. Même si «ce n’est pas vraiment dans la tradition française de demander des dommages et intérêts», nuance Me Devers. «Quand une agression n’est pas condamnée au pénal, on ne va généralement pas plus loin», avance-t-il. Dans l’hypothèse où l’action au civil aurait été engagée, aurait-elle pu toutefois aboutir? Pour Me Devers, c’est peu probable, en tout cas pas plus qu’aux Etats-Unis. «Il faudrait des indices graves, précis et concordants, explique-t-il. Or, là, ils me paraissent difficiles à réunir.»