Gaza: Israël et le Hamas en pleine guerre de la communication

DÉCRYPTAGE Présents sur Internet et les réseaux sociaux, les forces de défense israéliennes comme les membres des groupes armés palestiniens s’affrontent aussi virtuellement depuis le 8 juillet...

Bérénice Dubuc

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Capture d'écran (de G à D et de haut en bas) du blog des forces de défense israéliennes (IDF), de la page Flickr de Tsahal, du compte Twitter des Brigades al-Qassam, et du site Internet du Hamas.
Capture d'écran (de G à D et de haut en bas) du blog des forces de défense israéliennes (IDF), de la page Flickr de Tsahal, du compte Twitter des Brigades al-Qassam, et du site Internet du Hamas. — 20 Minutes

Depuis vingt-huit jours, la guerre que livre Israël au Hamas ne se limite pas au terrain militaire. Tsahal comme les groupes armés palestiniens tentent, chacun de leur côté, de rallier l’opinion publique -nationale comme internationale- à leur cause.

Comme lors de chaque opération depuis «Plomb Durci» en 2008-2009, Tsahal communique depuis le 8 juillet sur Internet et les réseaux sociaux pour informer et convaincre du bien-fondé de son action à Gaza. Présentes sur la quasi-totalité des plateformes disponibles -blog, Facebook, Twitter, Instagram, Flickr ou encore YouTube- les forces de défense israéliennes (IDF) racontent aux internautes leur réalité du terrain, via des photos et des vidéos, mais aussi des messages politiques postés dans toutes les langues -décompte des roquettes lancées par le Hamas (3.253 au matin du 28e jour de l’offensive), des victimes israéliennes, images des découvertes faites dans les tunnels sous Gaza,…

«La communication d’Israël a du mal à passer»

Cette communication s’est même professionnalisée depuis quelques années. Tsahal dispose en effet d’unités spéciales composées de «guerriers des nouveaux médias», des étudiants confirmés en informatique recrutés pour leurs compétences. Leur objectif? «Toucher un public partout dans le monde, un public qui ne reçoit peut-être pas d’informations électroniques de la part des médias traditionnels. Nous voulons entrer en contact avec cette audience et l’influencer autant que possible en l’abreuvant d’informations et de contenus visuels et autres», expliquait en 2012 à Euronews la porte-parole de l’IDF, Avital Leibovich.

Car, si la communication de Tsahal est tout à fait comprise sur le plan intérieur-plus de 80 % de la population israélienne soutient l’opération, selon un sondage-, il en va autrement à l’international. «Au plan international, à quelques exceptions près, la communication d’Israël a du mal à passer, explique à 20 Minutes Jean-François Daguzan, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique. Cela est lié évidemment au nombre de victimes, au ratio très déséquilibré de morts de part et d’autre. Les Israéliens ont beau expliquer qu’ils agissent pour leur sécurité et que tous les morts sont des “terroristes “, le poids des chiffres se retourne contre eux.» Autre difficulté: réussir à justifier les bombardements sur les écoles de l’UNRWA, note le spécialiste.

La stratégie du Hamas mieux élaborée

Car en face, même si les moyens ne sont pas les mêmes, les groupes armés palestiniens rendent coup pour coup virtuel. Outre la chaîne de télévision Al-Aqsa TV, créée en 2006, et le site Internet du Hamas (pour l’heure uniquement disponible en arabe), les Brigades al-Qassam, la branche armée de l’organisation islamiste, disposent de leur propre compte Twitter pour justifier leurs actions, appeler au boycott des produits israéliens, et attirer sur Gaza la pitié et la sympathie du monde…

Pour ce faire, le Hamas a également revu sa communication. «Sa stratégie est mieux élaborée qu’auparavant», souligne Jean-François Daguzan. Autrefois assez fruste, et ne faisant que marteler son objectif ultime (à savoir la destruction d’Israël), le Hamas a migré vers une com’ plus «entendable» pour le monde. «Celle-ci se focalise désormais sur un discours de résistance et joue sur la disproportion des morts entre les deux parties et le massacre des civils.»

Pour le spécialiste, «Israël perd cette guerre médiatique à l’international, mais s’en fiche. Le seul pays où Israël souhaite voir sa stratégie de communication fonctionner, ce sont les Etats-Unis. C’est le cas, grâce à un a priori favorable de la population, à des lobbies puissants, mais aussi grâce au ressentiment ou au moins une méfiance des Américains vis-à-vis des Arabes depuis le 11-Septembre.» Cependant, ce soutien pourrait ne pas durer si l’opération «Bordure protectrice» devait durer et le nombre de morts continuer d’augmenter, conclut le spécialiste.

>> «Bordure protectrice» : Les 10 chiffres qui résument le dernier conflit israélo-palestinien