Dette: L'Argentine à deux jours du défaut de paiement

CRISE Treize ans après sa précédente faillite...

Bertrand de Volontat

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La présidente argentine Cristina Kirchner, lors d'une allocution télévisée, le 16 juin 2014 à Buenos Aires
La présidente argentine Cristina Kirchner, lors d'une allocution télévisée, le 16 juin 2014 à Buenos Aires — -- NA

Deux jours. L’Argentine n’a plus que deux jours pour entamer le remboursement de sa dette. Si tel n’est pas le cas, le pays se retrouvera mercredi, treize ans après sa faillite, en situation de défaut de paiement technique. 20 Minutes vous explique de quoi il s’agit.

Que se passe-t-il en Argentine?

Le pays subit les conséquences de sa crise économique de 2001. Après des années de troubles financiers, la troisième économie latino-américaine fait à cette époque défaut sur sa dette, d’une centaine de milliards de dollars. En 2005 et 2010, le gouvernement parvient à restructurer une partie de celle-ci: 93 % des créanciers acceptent une décote de 65 % en moyenne sur leurs titres. Parmi les 7 % d’irréductibles, les hedge funds Aurelius et surtout NML refusent. Ils exigent un remboursement à 100 %: ce sont les «vautours».

Et la justice américaine leur donne raison le 16 juin en condamnant l’Argentine à payer 1,33 milliard de dollars (769 millions d’euros) à ces deux fonds vautours, une décision qui bloque du même coup le remboursement des autres créanciers.

L’Argentine a transféré le 26 juin 500 millions de dollars d’intérêts dus avant mercredi à ses «bons» créanciers restructurés. Mais le juge new-yorkais a bloqué ces fonds pour payer les «vautours» en premier. L’Argentine n’a donc plus le droit de les payer tant que les fonds «vautours» ne sont pas remboursés. Ce que le pays refuse de faire pour l’instant.

Si une solution n’est pas trouvée d’ici mercredi, le remboursement par Buenos Aires de ses autres créanciers pourrait être bloqué par la justice, conduisant mécaniquement à un défaut de paiement.

L’Argentine doit-elle absolument payer d’ici mercredi?

Le juge américain a estimé qu’un défaut serait «la pire des choses» tandis que l’avocat de l’Argentine assurait que le délai était trop court pour régler à temps une question aussi complexe.

Car si elle paye les fonds vautours mercredi, une clause dite «Rufo» (rigths upon futur offer) pourrait imposer automatiquement à l’Argentine d’améliorer son offre vis-à-vis de ses autres créanciers irréductibles. Le montant de la facture pourrait alors dépasser 10 milliards de dollars et atteindre 120 milliards en comptant l'ensemble des créanciers.

Cette clause expire en janvier 2015, l’Argentine cherche donc à gagner du temps. Au pire, le pays pourrait préférer le défaut de paiement. Comme le dit Roberto Lavagna, l'ancien ministre de l'Économie, «mieux vaut un typhon qu’un tsunami…»

Existe-il des issues de secours?

Les opérations d’allégement de dette publique, comme celle ayant eu lieu en Grèce en 2012, nécessitent la coopération des créanciers qui doivent accepter d’essuyer une perte financière souvent substantielle afin de redonner un peu d’oxygène au pays.

«Nous avons besoin de mécanismes de résolution qui fonctionnent bien quand des pays sont en difficulté», a assuré le chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, ajoutant que le cas argentin pourrait être «le déclencheur» d’une réflexion pour améliorer le système existant.

Un défaut de paiement, ça coûte cher?

Olivier Blanchard a estimé jeudi dernier que le coût d’un défaut de paiement serait «considérable» pour l’Argentine mais aussi pour le système financier dans son ensemble. «Si l’Argentine va jusqu’au défaut, cela pourrait avoir des coûts considérables (pour le pays), principalement en le privant d’accès aux marchés financiers pendant un certain temps».

En outre, cela compliquera le financement des entreprises et leur capacité à payer leurs importations. Quand au peuple argentin, sa vie quotidienne serait directement impactée. Un défaut argentin créerait une «incertitude» sur la possibilité future de restructurer la dette d’autres pays en difficultés.