Espagne: Qui est Pedro Sanchez, le nouveau chef du parti socialiste?

PORTRAIT Le nouveau leader de l’opposition espagnole, quasi inconnu il y a encore quelques mois, compte bien se faire entendre face au gouvernement conservateur de Mariano Rajoy...

Bérénice Dubuc avec AFP

— 

Le nouveau secrétaire général du PSOE, Pedro Sanchez s'exprime lors de son discours d'investiture à Madrid le 27 juillet 2014
Le nouveau secrétaire général du PSOE, Pedro Sanchez s'exprime lors de son discours d'investiture à Madrid le 27 juillet 2014 — Pierre-Philippe Marcou AFP

Il veut «remettre l’Espagne en marche» et reconquérir le pouvoir perdu en 2011. Lui? C’est Pedro Sanchez, le quadragénaire surgi (presque) de nulle part qui a réussi samedi à conquérir les socialistes espagnols par son charisme et ses paroles positives. En chemise blanche, le geste déterminé, haussant la voix pour mieux convaincre, ce député de 42 ans a été désigné dimanche nouveau secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) par 86 % des 3.000 délégués du parti.

Ressemblances avec Matteo Renzi

Le nouveau leader de l’opposition espagnole présente nombre de similarités avec le nouvel homme fort italien, Matteo Renzi, dont il se réclame. Tous deux proches de la quarantaine, plutôt bel homme et quasi inconnus il y a peu de temps, l’Italien comme l’Espagnol se veulent l’image du renouveau de la classe politique, et ont chacun su canaliser les «anciens» de leur parti. «Je suis un militant de base qui, il y a un an et demi, n’était pas dans la politique», se plaît à raconter ce professeur d’économie au sourire conquérant, militant socialiste devenu député de Madrid en 2009, en 2011, puis à nouveau en 2013, à chaque fois sans avoir été élu, après le départ d’un parlementaire.

En quelques semaines, devenu la vedette des plateaux de télévision, il aura balayé ses rivaux, jusqu’à être élu le 13 juillet par les militants socialistes pour succéder à Alfredo Perez Rubalcaba. A 62 ans, ce vétéran de la politique venait de démissionner au lendemain de la déroute du parti aux élections européennes du 25 mai. Et, si des primaires ouvertes doivent encore désigner celui qui affrontera la droite aux élections législatives de 2015, c’est bien un discours-programme qu’a prononcé dimanche, pendant près d’une heure, Pedro Sanchez, désormais à la tête de la première force d’opposition au gouvernement conservateur de Mariano Rajoy.

«Bâtir une Espagne meilleure»

«Je vous propose que nous abandonnions une fois pour toutes les complexes», s’est-il exclamé, alors que le PSOE est tenu pour responsable du marasme économique dans lequel l’Espagne est plongée depuis l’éclatement de la bulle immobilière en 2008. Revendiquant l’héritage de ses prédécesseurs, Felipe Gonzalez, chef du gouvernement de 1982 à 1996, et José Luis Rodriguez Zapatero (2004-2011), promettant de «moderniser» un pays «puni par une crise économique sans fin», «éloigné de ses institutions», le nouveau secrétaire général a demandé aux socialistes de «se mettre au travail pour bâtir une Espagne meilleure».

Il a annoncé, si les socialistes revenaient au pouvoir, «une loi d’égalité salariale entre hommes et femmes», ainsi que l’abrogation de la loi sur le marché du travail, l’un des instruments de la politique d’austérité suivie depuis 2012 par Mariano Rajoy. Dénonçant au passage «le patriotisme de ceux qui choisissent le patrimoine au lieu de la patrie», il a promis de lutter contre la fraude fiscale, l’une des plaies de l’économie espagnole, et de publier chaque trimestre les comptes du parti.

De multiples promesses qu’il va pouvoir commencer à mettre en œuvre dès ce lundi et un entretien avec Mariano Rajoy. Se présentant comme un interlocuteur «loyal», Sanchez est toutefois décidé à se faire entendre sur les dossiers les plus chauds, à commencer par celui de l’indépendantisme catalan, qui doit figurer en bonne place lors de l’entretien entre les deux hommes, mais aussi les nécessaires «réformes sociales» qu’il entend présenter au chef du gouvernement.