Crash de l’avion d’Air Algérie: «L’absence de corps n’empêche pas le travail de deuil»

CATASTROPHE Les familles attendent désormais la restitution des dépouilles. Elles pourront aussi se rendre sur le lieu du drame…

Romain Scotto

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n représentant des familles de victimes burkinabées du crash de l'avion d'Air Algérie, prie devant le lieu du drame, le 26 juillet 2014
n représentant des familles de victimes burkinabées du crash de l'avion d'Air Algérie, prie devant le lieu du drame, le 26 juillet 2014 — AFP

Alors que les réunions de crise et les moments de recueillement se succèdent, les familles des victimes gèrent collectivement les premiers moments de leur période de deuil. Une association dédiée devrait prochainement voir le jour. François Hollande a par ailleurs indiqué qu’une stèle serait érigée et que les familles auraient la possibilité de se rendre «le moment venu» sur le lieu du drame. Un cheminement habituel selon Stéphane Gicquel, secrétaire général de la fédération nationale des victimes d’accidents collectifs (Fenvac), en contact avec certaines familles concernées par le crash.

Un recueillement en plusieurs temps. Cinq jours après les faits, les premiers corps devraient être rapatriés vers la France pour procéder à leur identification. Une phase nécessaire aux proches pour entamer leur deuil, même si tous les corps ne seront pas restitués vu la violence de l’accident. Pour Stéphane Gicquel, «contrairement à ce qu’on peut dire, l’absence de corps n’empêche pas le travail de deuil. Il peut le compliquer. Mais ce n’est pas un obstacle insurmontable.» Le déplacement sur le lieu de la catastrophe n’est pas non plus une nécessité pour tous. «Il n’y a pas de façon unique de vivre le deuil. Il faut être à l’écoute des attentes et des besoins de chacun. Il faut accepter la différence qui peut exister au sein même d’une famille. C’est un long chemin.»

La nécessité d’un monument de mémoire. Dans la mesure où le lieu du crash est identifié, une stèle sera érigée, une fois le travail des enquêteurs terminé. Cela n’avait pas été le cas lors du crash du vol Rio-Paris en 2009 puisque l’avion s’était abîmé en plein océan. Les familles n’avaient pu se rendre sur place à l’époque. Elles étaient restées à Rio où des navettes leur permettaient de jeter des gerbes de fleurs dans la baie. «Il faut toujours construire des symboles et des rites. Ça peut passer par des cérémonies interreligieuses. Pour le Rio-Paris il y avait aussi une cérémonie à notre Dame de Paris», se souvient le spécialiste.

Un puzzle à reconstituer. Aussi violentes soient-elles, les images du crash sont généralement montrées aux familles «qui ne sont pas dans le déni», selon Stéphane Gicquel. «C’est une défense de l’organisme assez rare finalement face à la violence du choc psychologique. Là, au contraire, on a des orphelins, des entreprises sans dirigeant. Ça va avoir des répercussions très directes. Ils sont dans la réalité des conséquences.» Face à une catastrophe sans survivant, sans témoin pour en faire le récit, les familles doivent reconstituer un puzzle. Les images de l’accident y participent. Pour les proches, il est important de savoir si les victimes se sont rendu compte de ce qui leur arrivait.

Du deuil national au deuil personnel. Drapeaux en berne, déclarations ministérielles et présidentielles… A chaud, l’écho politique et médiatique de la catastrophe donne une impression étrange aux familles. Pour elles, «l’articulation entre l’intime et le collectif peut paraître surréaliste. Vous êtes spectateur de ce que vous êtes en train de vivre», indique Stéphane Gicquel. Avec le temps, le soufflé risque pourtant de retomber, alors que l’objectif est d’avoir une mobilisation dans la durée. Celle-ci permet de combattre le sentiment d’injustice très fort des familles dans ce genre de situation.