Crash du vol d’Air Algérie: La location d’avion, une pratique très courante

AVIATION L’avion qui s’est crashé au Mali jeudi était affrété par Air Algérie auprès de la compagnie espagnole Swiftair...

Nicolas Beunaiche
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Un avion MD-83 de Swiftair, le 16 mai 2014, à l'aéroport de Bruxelles.
Un avion MD-83 de Swiftair, le 16 mai 2014, à l'aéroport de Bruxelles. — AP Photo/Kevin Cleynhens

Attention, une compagnie peut en cacher une autre. L’affrètement, qui consiste pour une entreprise de transport aérien à louer un avion auprès d’une autre compagnie, se retrouve sous les feux de l’actualité à la suite du crash du vol AH5017 jeudi au Mali. La pratique, qui suscite des interrogations, est pourtant très courante dans l’aviation.

Elle repose sur une idée simple: «l’entreprise sollicitée fournit l’avion, mais peut aussi proposer toutes sortes de services, dont l’équipage, selon ce que stipule le contrat», détaille pour 20 Minutes la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). C’est ce que Swiftair, dont l’activité consiste justement à prêter «ses services, la location d’avion, incluant les membres d’équipage et l’assurance», a fait pour Air Algérie. Mais la compagnie maghrébine est loin d’être la seule à avoir recours au principe de la location: de très grands noms de l’aérien, au premier rang desquels Air France-KLM, louent régulièrement des avions à des sociétés spécialisées comme AerCap ou Gecas, dans le cadre d'un dry lease.

Le Dakar et l’ONU comme clients

En soi, la pratique n’est pas accidentogène. «Il faut simplement que la compagnie affrétée soit sûre, qu’elle soit en règle», explique François Collet, expert en économie du transport aérien. Ce qui semble être le cas de Swiftair, dont la nationalité espagnole est un gage de sécurité, selon ce spécialiste. «A ce titre, elle a en effet été soumise aux contrôles européens, qui sont drastiques», poursuit-il.

Swiftair fait par ailleurs figure d’acteur sérieux dans le secteur. Elle compte parmi ses clients l’ONU, le rallye-raid Dakar, des grands acteurs du fret (DHL, Fedex…), mais aussi des compagnies commerciales, qui l’amènent à survoler l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Quant au MD-83 qui s’est crashé, il avait été contrôlé et déclaré apte le 22 juillet à Marseille, rappelle la DGAC. «Si cela n’avait pas été le cas, Swiftair aurait dû le remplacer», précise l’organe chargé de réglementer et de superviser le transport aérien.

Un détail qui compte

En Algérie, des voix se sont pourtant élevées pour dénoncer «l’opacité avec laquelle se font les affrètements d’avion lors des saisons hautes», selon le quotidien El Watan. Le journal cite par ailleurs un pilote d’Air Algérie qui formule le regret que sa compagnie ait loué un appareil dont personne, pilotes et techniciens, n’est spécialiste en Algérie. «Ce n’est pas comme s’il y avait pénurie mondiale de Boeing 737 ou d’Airbus A320 en leasing [location]», souffle-t-il.

Reste que pour Air Algérie, l’affrètement pourrait finalement avoir du bon. «Si l’avion et l’équipage avaient été les siens, on se serait demandé si la compagnie est sûre, analyse François Collet. En sous-traitant ce vol qui s’est finalement écrasé au sol, elle se dédouane de toute responsabilité technique…» Une nuance qui pourrait avoir son importance au cours de l’enquête.