Vente de navires Mistral à la Russie: La France ne change pas son fusil d’épaule

MONDE Très critiquée, la France n’est pas la seule à exporter des armes vers la Russie…

Audrey Chauvet

— 

Vue prise le 9 mai 2014 du Vladivostok, le navire militaire Mistral construit pour la Russie à Saint-Nazaire
Vue prise le 9 mai 2014 du Vladivostok, le navire militaire Mistral construit pour la Russie à Saint-Nazaire — Jean-Sébastien Evrard AFP

Ce n’est pas le vent des critiques qui fera vaciller la France: la vente de deux navires Mistral à la Russie, conclue en 2011 pour 1,2 milliard d’euros, n’est pas remise en cause par les sanctions qui devraient être prises contre Moscou dans le secteur de la défense après le crash d’un avion malaisien attribué à un tir de missile dans l’est de l’Ukraine. Mais la pression monte sur la France pour qu’elle renonce à cette vente.

Pourquoi la vente des Mistral pose problème?

Ce contrat est dans le collimateur de la communauté internationale depuis le début de la crise en Ukraine. En juin, Barack Obama avait déjà exprimé son «inquiétude» et les sanctions envisagées à l’encontre de la Russie semblent difficilement conciliables avec la fourniture de bâtiments de défense. Mais le gouvernement français a tenu bon, rappelant que la France se devait «d’honorer ses contrats».

Que change le crash du vol MH17?

Le crash de l’avion malaisien, attribué à un tir de missile dans l’est de l’Ukraine, pourrait pousser les Européens à prendre des sanctions contre la Russie dans le secteur de la défense. La Commission et le service diplomatique de l’Union européenne ont été mandatés pour préparer des sanctions ciblées dans plusieurs secteurs afin d’inciter Moscou à répondre aux demandes occidentales notamment pour aider le travail des enquêteurs sur le site du crash.

Qui critique la vente des Mistral?

Beaucoup de pays occidentaux voient le contrat entre la France et la Russie comme une entorse à la politique de sévérité face à Moscou. «Il est temps d’arrêter la mistralisation de la politique européenne», a lancé mardi la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaité. «Livrer des armes à la Russie est une position difficile à défendre», selon Carl Bildt, le ministre des Affaires étrangères suédois. Le Premier ministre britannique David Cameron a exprimé lundi sa désapprobation: «Franchement, il serait impensable dans ce pays de mener à bien une commande comme celle qu’ont les Français mais nous devons mettre la pression sur tous nos partenaires pour dire que nous ne pouvons pas continuer à faire des affaires comme si de rien n’était avec un pays, quand il se comporte comme ça».

La France va-t-elle renoncer à cette vente?

Non, a martelé Laurent Fabius ce mardi soir: «C’est un contrat qui a été signé en 2011 et il y a une règle qui vaut en matière internationale comme en matière nationale: les contrats signés, et d’ailleurs payés, doivent être honorés», a-t-il déclaré. Le ministre français des Affaires étrangères a ajouté que «le contrat pour le premier bateau qui doit être livré en octobre sera honoré et pour le deuxième bateau qui n’est pas encore totalement construit, ça dépendra de l’attitude des Russes», reprenant ainsi la position énoncée la veille par François Hollande.

La France est-elle la seule à poursuivre ses ventes d’armes à la Russie?

Alors que David Cameron avait affirmé lundi que le Royaume-Uni avait d’ores et déjà arrêté ses exportations vers la Russie, un rapport parlementaire publié ce mercredi démontre que le pays continue d’exporter des armes et de l’équipement militaire. Plus de 250 licences d’exportation, délivrées par le gouvernement britannique, permettant la vente de fusils de précision, de munitions pour armes légères, de gilets pare-balles et d’autres équipements militaires sont toujours en vigueur. Ces licences d’exportation autorisent la vente, précise le rapport. Seules 31 licences ont été suspendues ou retirées, et il n’était plus permis que la Russie soit une destination à l’export pour trois autres licences.

Mots-clés :