Crash du vol MH17: «Il est peu probable qu’on entende les pilotes dire: "Il y a un missile qui nous arrive dessus"»

INTERVIEW Yves Deshayes, président du syndicat national des pilotes de ligne, explique ce que la lecture des boîtes noires pourrait révéler...

Romain Scotto

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L'une des boîtes noires du vol MH17, le 22 juillet 2014 à Donetsk en Ukraine.
L'une des boîtes noires du vol MH17, le 22 juillet 2014 à Donetsk en Ukraine. — Dmitry Lovetsky/AP/SIPA

Cinq jours après le crash de l’avion de la Malaysia Airlines, les boîtes noires devraient être analysées en Grande-Bretagne après avoir été remises dans un premier temps aux autorités malaisiennes. S’il est peu probable qu’elles révèlent l’origine du tir qui aurait abattu l’avion, elles devraient livrer plusieurs informations capitales sur les minutes ayant précédé l’explosion. Yves Deshayes, président du syndicat national des pilotes de ligne (SNPL France Alpa) explique ce qu’on peut attendre du décryptage des enregistrements.

Quelles informations les deux boîtes noires peuvent-elles révéler?

Des indications de vitesse, d’altitude, de variomètre, des taux de montée ou de descente, des indications sur les systèmes de pression d’huile, les systèmes électriques. La position géographique de l’avion, on la connaît. S’il a été touché par un missile, il n’est pas tombé longtemps après. Encore faut-il qu’on prouve qu’il a été touché par un missile.

Les boîtes noires pourront-elles le confirmer?

C’est compliqué. A part si on entend les pilotes dire: "Il y a un missile qui nous arrive dessus". On ne sait pas. Vu l’éparpillement de la carcasse, l’avion n’est pas arrivé entier au sol. Les débris sont répandus, ce qui veut dire qu’il s’est désintégré en l’air. En termes de paramètres, on verra ce qu’il s’est passé à l’instant T. Il faudra voir sur l’enregistreur si les systèmes hydrauliques, électriques et de prélèvement d’air se sont tous arrêtés d’un coup ou pas. Si tous les câbles sont coupés, à un moment la boîte noire n’enregistre plus rien. Un moteur qui s’arrête, ce n’est pas le même bruit qu’un moteur qui explose.

L’enregistreur sonore se limite-t-il aux conversations?

Non, il enregistre le bruit. C’est un micro d’ambiance qui enregistre à la fois ce que disent les pilotes entre eux, le contrôle aérien, les alarmes, et tout bruit extérieur. S’il y a une grosse détonation, on pourra l’entendre. Les experts sont capables d’analyser finement le signal audio et dire si c’est une explosion interne ou externe. Si l’avion a été touché par un missile, il y a en même temps une dépressurisation explosive. C’est comme une bombonne de gaz.

Pendant un moment, les boîtes noires ont disparu. Ont-elles pu être trafiquées?

Rien n’est impossible. Comme on les a perdues de vue, il y aura forcément le doute. Peut-on les trafiquer? Oui, c’est un système mécanique. Ce n’est pas fait pour être ouvert et refermé. Il faudrait aussi remettre quelque chose de cohérent avec ce qu’a fait l’avion avant. Sinon, ça se verrait. C’est quand même compliqué de retrafiquer l’enregistrement.

Pourra-t-on savoir si l’avion était suivi par un autre avion?

Non, c’est impossible. Je ne vois pas comment, à moins que les pilotes disent qu’ils voient un avion. Les Russes ont dit qu’il y avait un chasseur à 3km, mais la visibilité n’est que vers l’avant dans le cockpit. Si l’avion était derrière ou en dessous, il n’y a aucun moyen de le voir.

Pourquoi les données des boîtes noires ne sont-elles pas transmises en direct?

C’est quelque chose qui avait été proposé après le crash du vol Rio-Paris, d’Air France. La première recommandation était de doter les boîtes noires de systèmes de repérage plus longs. Ça n’a pas été fait. La deuxième était de mettre des boîtes noires éjectables comme sur les avions militaires. Et la troisième était de transmettre en temps réel les paramètres. Mais le volume de données est énorme. Et ça pose un problème de confidentialité sur certaines conversations.