Ukraine: «La prise de Donetsk est l'étape-clé pour le pouvoir de Kiev»

INTERVIEW Annie Daubenton, chercheuse indépendante, décrypte l’offensive lancée ce lundi dans l’est de l’Ukraine…

N.Beu.

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Des séparatistes pro-russes lors de l'assaut des forces loyalistes de Kiev, le 21 juillet 2014, à Donetsk, en Ukraine.
Des séparatistes pro-russes lors de l'assaut des forces loyalistes de Kiev, le 21 juillet 2014, à Donetsk, en Ukraine. — Alexander KHUDOTEPLY / AFP

Après le crash du vol MH17 de Malaysia Airlines, le pouvoir central de Kiev comme les rebelles séparatistes avaient évoqué la possibilité d’un cessez-le-feu. Mais les engagements ont rapidement volé en éclats, puisque les combats, qui n’ont jamais cessé, ont même redoublé ce lundi avec l’offensive lancée par les loyalistes à Donetsk, la grande ville de l’est du pays aux mains des pro-Russes. Annie Daubenton*, spécialiste de l’Ukraine, décrypte pour 20 Minutes les enjeux de cet assaut.

Peut-on dire aujourd’hui, avec l’offensive de Donetsk, que le crash du vol MH17 n’a rien changé au rapport de forces en Ukraine?

Pas tout à fait. On peut considérer les réactions des Etats-Unis et de l’Union européenne, dramatiquement touchés par le crash, comme un soutien ouvert aux autorités de Kiev. Barack Obama a même amorcé un pas important, considérant que si l’Ukraine ne faisait pas partie de l’Otan, elle était désormais sous sa protection. Mais en l’absence de «bras armé», Kiev se retrouve seul face à Moscou, aux séparatistes et pour mener l’opération de reconquête territoriale reprise depuis le 30 juin, opération qu’elle intensifie pour retrouver le contrôle sur le Donbass. Sur place, on peut même dire que la situation se dégrade d’heure en heure. L’accès au périmètre du crash reste très difficile. Quant aux corps retrouvés, ils ont été mis dans le train pour Donetsk pour être évacués, mais les séparatistes empêchent l’envoi de ce train.

Donetsk est-il le dernier grand objectif du pouvoir central?

C’est l’étape-clé. Après la libération de Slaviansk, le 5 juillet, la plupart des séparatistes se sont regroupés à Donetsk, menaçant la vie de plus d’un million d’habitants. D’où le triple but de l’actuelle offensive: retrouver le contrôle de la principale ville du Donbass, tenter d’y cerner les séparatistes qui s’y trouvent réfugiés et accéder au lieu du crash. Maintenant, est-ce que c’est la dernière grande offensive? Ça, personne ne peut le dire. Les séparatistes ne semblent pas prêts à la reddition. Par contre, l’intensification de l’opération a permis de fermer la chaîne de communication entre la Russie et les séparatistes, qui sont ainsi privés de l’approvisionnement en munitions. Mais en même temps, les Russes commencent à miner l’accès aux côtes de la mer d’Azov, Moscou continue d’accuser l’Ukraine et de rendre Kiev responsable indirectement du crash. Et à amener ses troupes à la frontière.

Quelle peut être l’issue de la bataille de Donetsk?

Ce que l’on sait, c’est que des bombardements ont lieu sur la ville et que les autorités ont demandé aux habitants de ne pas sortir de chez eux. La communication dans la ville est coupée, les gares sont bloquées, etc. Bref, Donetsk est une ville en guerre. Pour le reste, on est là aussi dans l’inconnu, mais les séparatistes semblent déterminer à aller jusqu’au bout. Si le pouvoir reprend Donetsk, les séparatistes ne pourront plus faire grand-chose. Ils avaient le choix au moment de la chute de Slaviansk un choix: regagner la Russie ou continuer l’offensive. Désormais, on ne voit plus guère d’issue alors pour eux, du moins pour l’instant, à moins que Moscou décide d’une intervention «ouverte».

*Son dernier livre, Ukraine, l’indépendance à tout prix, a été publié en mai aux éditions Buchet Chastel.