Crash en Ukraine: Poutine sommé de «prendre ses responsabilités»

Monde 48h après le crash du vol Malaysian Airlines  dans l’est de l’Ukraine, les dirigeants occidentaux ont mis la pression samedi sur le président russe pour faciliter l'accès au site du drame…

20 Minutes avec AFP

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Des observateurs de l'OSCE sur le site du krach du vol MH17 en Ukraine, samedi 19 juillet 2014.
Des observateurs de l'OSCE sur le site du krach du vol MH17 en Ukraine, samedi 19 juillet 2014. — Evgeniy Maloletka/AP/SIPA

Accès bloqué aux responsables ukrainiens et aux inspecteurs internationaux par les rebelles, soupçons d’alteration des preuves, rumeurs de vols sur les dépouilles des victimes du crash…

Responsabilité

Quarante-huit heures après la chute de l’avion assurant le vol Amsterdam-Kuala Lumpur très probablement abattu par un missile avec 298 personnes à bord, l’inquiétude monte sur la possibilité de mener une enquête impartiale pour déterminer les circonstances et les responsabilités dans ce drame.

Le chef de la diplomatie néerlandaise Frans Timmermans s’est dit «choqué» et «indigné» par le traitement des corps au cours d’une rencontre à Kiev avec le président ukrainien Petro Porochenko. Il a promis de «tout faire pour que les coupables soient traduits en justice» et «non seulement ceux qui ont appuyé sur le bouton, mais ceux qui ont rendu cela possible».

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a pour sa part déclaré à La Haye que le président russe devait «prendre ses responsabilités à l’égard des rebelles», après une «conversation téléphonique intense» avec lui. «Il doit montrer au monde et aux Pays-Bas qu’il fait ce qu’on attend de lui», a-t-il ajouté.

Débris déplacés ou altérés

Vendredi et samedi, une trentaine d’inspecteurs de l’OSCE, première équipe internationale arrivée sur les lieux, n’a obtenu qu’un «accès limité» au site étendu sur plusieurs kilomètres où gisent valises éparses, livres, jeux d’enfants et passeports et où règne une odeur presque insoutenable.

Certains débris «semblent avoir été déplacés» sur le site du crash du Boeing 777 de la Malaysia Airlines, a indiqué samedi soir à Donetsk Michael Bociurkiw, porte-parole de la mission d’observation de l’OSCE.

Il a fait état de «sacs de duty free ouverts» et de «bouteilles d’alcool cassées», mais aussi de débris apparemment brûlés, mais reposant sur des sections du sol qui ne présentaient pas de traces d’incendie.

Merkel et Poutine pour une enquête internationale

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, a regretté samedi «un soutien insuffisant de la part des Russes» dans l’enquête sur cette tragédie qui a donné une nouvelle dimension au conflit en Ukraine entre Kiev et les séparatistes armés soutenus par Moscou.

Evoquant une «tragédie atroce», le président américain Barack Obama a souligné vendredi que l’avion avait été touché par un missile tiré d’une zone contrôlée par les séparatistes «soutenus par la Russie». Pour l’Europe, c’est un «signal d’alarme» dans ses relations avec Moscou, avait-il estimé.

La Russie rejette vigoureusement toute responsabilité dans ce drame.

La chancelière Angela Merkel et Vladimir Poutine sont tombés d’accord pour que le crash fasse l’objet d’une enquête internationale et indépendante sous la direction de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI).

Mais le ministre malaisien des Transports Liow Tiong Lai a d’ores et déjà déploré que «des indices vitaux» n’aient pas été préservés sur place. «Des interventions sur la scène du crash risquent de fausser l’enquête elle-même», a-t-il déclaré.

«Ne pas empêcher de telles interventions constituerait une trahison à l’égard des vies qui ont été anéanties», a-t-il lancé.

Presque simultanément, le gouvernement ukrainien a accusé les rebelles, soupçonnés d’avoir abattu le Boeing malaisien, de «chercher à détruire, avec le soutien de la Russie, les preuves de ce crime international».

Ainsi, l’enquête s’annonce déjà particulièrement difficile, au moment où les premières équipes étrangères, les Néerlandais et les Malaisiens, arrivent en Ukraine.

Le site du crash se trouve en zone rebelle, près de la ville de Chakhtarsk, et le conflit armé en cours entre séparatistes prorusses, qui ont refusé un cessez-le-feu ponctuel, et le gouvernement de Kiev rend les opérations particulièrement complexes.

Le président Porochenko s’est entretenu samedi au téléphone avec de nombreux dirigeants étrangers, dont François Hollande: les deux leaders ont souligné «l’importance cruciale d’établir des preuves indiscutables des faits afin de tirer toutes les conséquences de ce drame épouvantable»