Crash du vol MH17: Le missile redistribue les cartes diplomatiques

UKRAINE Alors que les yeux sont braqués vers Moscou et les séparatistes pro-russes, l'Europe va devoir prendre position...

Philippe Berry

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Les relations entre la Russie et les Etats-Unis sont à nouveau au plus bas après le refus du président américain Barack Obama de rencontrer Vladimir Poutine à Moscou, en raison de nombreux différends parmi lesquels l'affaire Snowden.
Les relations entre la Russie et les Etats-Unis sont à nouveau au plus bas après le refus du président américain Barack Obama de rencontrer Vladimir Poutine à Moscou, en raison de nombreux différends parmi lesquels l'affaire Snowden. — Jewel Samad AFP

Il y avait plus de dix nationalités représentées sur le vol MH17, abattu par un missile au-dessus de l’est de l’Ukraine, mardi. Des Néerlandais, surtout, mais aussi des Malaisiens, des Australiens, des Britanniques, des Allemands et des Belges. Touchée directement par un conflit qu’elle préférait ignorer, la communauté internationale se retrouve avec une crise diplomatique sur les bras. Mais aussi l’opportunité de trouver une solution au conflit ukrainien, estime l’ancien secrétaire d’Etat adjoint américain, PJ Crowley.

L’Europe va devoir présenter un front uni

Alors que Washington a imposé de lourdes sanctions économiques à la Russie, l’Europe marchait sur des œufs, notamment pour défendre ses intérêts économiques avec Moscou. Le ton a changé. «Cette tragédie va faire comprendre à la Russie qu’armer et soutenir des bandits ne mène qu’au chaos», écrit l’ambassadeur français à l’ONU, Gérard Araud, sur Twitter.

L’Allemagne, qui pourrait mettre à mal une économie russe fragilisée, a commencé à hausser la voix. «On se voilait la face en pensant qu’on pouvait faire bouger la Russie diplomatiquement. C’est terminé. Elle mène une guerre dans l’est de l’Ukraine en fournissant des armes, des tanks et des missiles. Ce n’est pas un jeu, c’est la réalité», a déclaré le député Karl-Georg Wellmann, du parti d’Angela Merkel. La France, elle, pourrait devoir renoncer à livrer à Moscou ses navires de guerre Mistral, alors que l’Europe appelle à un embargo sur les ventes d’armes à la Russie.

Un «tournant» dans le conflit

C’est l’opinion de PJ Crowley, livrée dans une tribune pour la BBC. Cet ancien secrétaire d’Etat adjoint américain estime que «l’échiquier est secoué» et que les Etats-Unis vont pouvoir bénéficier du soutien pour imposer des sanctions économiques plus importantes à Moscou. Selon lui, il y a des «signes» que la Russie commence à douter de sa stratégie d’escalade actuelle. «Si Poutine retire son soutien» aux séparatistes, «il y aura l’opportunité pour négocier un traité», estime-t-il.

Et si Moscou s’entête? «Le conflit s’internationalisera d’avantage», explique à 20 Minutes Antoine Arjakovsky. Selon le directeur de recherche au Collège des Bernardins, et auteur de Russie-Ukraine: De la guerre à la paix?, la communauté internationale pourrait envoyer, à la demande de l’Ukraine «du matériel militaire ou de l’armement. Et peut-être à terme des hommes, si la Russie ne comprend pas le message».