Mexique: Ce que l’on sait du foyer de l’horreur

FAITS DIVERS Les centaines d'enfants d’un foyer disent avoir été victimes de viols et d’actes de tortures divers…

N.Beu.

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Des enfants de La Gran Familia se reposent dans l'une des pièces du foyer après l'opération policière du 15 juillet 2014, à Zamora, au Mexique.
Des enfants de La Gran Familia se reposent dans l'une des pièces du foyer après l'opération policière du 15 juillet 2014, à Zamora, au Mexique. — STR / AFP

Mardi, les autorités mexicaines ont trouvé environ 600 personnes, des enfants pour la plupart, vivant en quasi-esclavage dans des conditions inhumaines et insalubres, au milieu de rats et d’insectes, dans un foyer de l’ouest du pays. Depuis, les témoignages s’accumulent. 20 Minutes fait le point.

Qu’est-ce que le foyer La Gran Familia?

Il s’agit d’un foyer d’accueil situé à Zamora, dans l’Etat du Michoacan, dans l’ouest du Mexique. Il abritait 607 internes, dont 438 mineurs et 159 majeurs, ainsi que dix personnes dont l’âge n’a pas pu être déterminé en raison de leur «degré élevé de dénutrition», a indiqué Rodrigo Archundia, responsable du service spécialisé d’enquête sur le crime organisé (Seido). Parmi les mineurs trouvés au foyer se trouvaient six enfants en bas âge. Selon sa page Facebook, l’internat accueillait des enfants «abandonnés par leurs parents: délinquants, drogués ou enfants des rues» et leur offrait un enseignement primaire, secondaire et même supérieur, conforme au programme du ministère de l’Education, ainsi que d’autres activités comme des ateliers de haute couture et de menuiserie. Le foyer «avait du prestige», selon le ministre de la Justice, Jesus Murillo Karam.

Pourquoi les policiers y ont-ils mené une opération?

«L’opération a été menée à partir d’au moins 50 plaintes contre les administrateurs de ce foyer, principalement de Mme Rosa del Carmen Verduzco, pour privation illégale de liberté», a dit Tomas Zeron, directeur de l’agence d’enquête criminelle du ministère de la Justice, lors d’une conférence de presse. La mère d’un interne raconte ainsi qu’elle a laissé son enfant aux soins de la directrice en 2012. «Mama Rosa» ou «La chef», comme était surnommée Verduzco, «m’a dit que mon fils serait bien ici. J’ai pensé que je pourrais le voir chaque semaine comme dans d’autres internats. Mais non. On ne m’a pas laissée le voir avant ses quatre mois», raconte cette femme de 25 ans.

Qu’ont dit les premiers enfants entendus?

Les premiers témoignages de jeunes confirment les dénonciations de violences sexuelles et de séjour forcé dans cet établissement, ont indiqué mercredi les autorités judiciaires fédérales. Ces témoignages font état d’agressions physiques, de punitions prolongées dans un minuscule espace sans nourriture ni boisson, de nourriture avariée, a indiqué Tomas Zeron. Certains jeunes ont déclaré avoir été contraints à pratiquer du sexe oral de la part de majeurs non identifiés. L’un d’eux a indiqué qu’un employé du foyer les obligeait à «des actes sexuels en échange d’argent», a dit Zeron. Une jeune femme majeure a dit qu’elle était retenue dans le foyer contre sa volonté et qu’elle avait été victime d’abus sexuels de la part de l’un des administrateurs qui, apprenant qu’elle était enceinte, l’avait frappée «pour provoquer un avortement».

Où en est l’enquête sur les responsables?

L’opération policière a abouti à l’arrestation de la directrice et de huit de ses collaborateurs, mais les autorités ont détaillé des accusations de mauvais traitements faites par douze internes. Toutefois, pour l’instant, les responsabilités de ces mauvais traitements ne sont pas encore formellement établies. Les policiers s’interrogent notamment sur le rôle de la directrice de l’établissement, Rosa del Carmen Verduzco. C’est elle qui semble être au centre du système. Selon les premiers éléments de l’enquête, les bébés nés dans le foyer étaient enregistrés comme enfants de Verduzco, sans autoriser la tutelle des pères biologiques.