Japon: Couvrez ce vagin en 3D que je ne saurais voir

WEB Une pétition réclamant la libération immédiate de Megumi Igarashi, une artiste japonaise arrêtée pour avoir distribué sur Internet un modèle en 3D de son vagin, a déjà recueilli plus de 18.000 signatures...

De notre correspondant à Tokyo, Mathias Cena

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L'artiste japonaise Megumi Igarashi à bord de son kayak-vagin, le 19 octobre 2013.
L'artiste japonaise Megumi Igarashi à bord de son kayak-vagin, le 19 octobre 2013. — ROKUDE NASHIKO AND MARIE AKATANI / AFP

Le vagin de la colère. Jeudi matin, plus de 18.000 personnes avaient signé une pétition en ligne réclamant la libération de Megumi Igarashi, une artiste japonaise de 42 ans arrêtée chez elle samedi dernier pour avoir distribué sur Internet «des données obscènes», selon la police. C’est-à-dire un modèle en 3D de son vagin.

Celle qui se fait appeler «Rokudenashiko», («bonne à rien» en japonais) explore sa féminité à travers ses créations depuis quelques années déjà. «En tant qu’artiste, je me concentre sur mon propre vagin, qui est le sujet de mes œuvres», explique Megumi Igarashi sur son site internet. Après avoir réalisé sculptures et dioramas à partir de moulages de sa vulve, l’artiste décide en 2013 de passer à la dimension supérieure et lance sur un site de financement participatif un appel de fonds pour réaliser un «kayak-vagin». En trois mois, elle récolte un million de yens (7.300 euros) qui lui servent, grâce à la technique de l’impression 3D, à réaliser l’esquif, dont la partie supérieure a la forme de son sexe.

Comme promis, elle envoie à certains des contributeurs le fichier contenant le modèle 3D qui a servi à produire l’embarcation. C’est ce qui conduit la police à débarquer chez elle la semaine dernière pour avoir distribué «du contenu indécent», délit passible au Japon de deux ans d’emprisonnement et 18.000 euros d’amende.

Depuis son lieu de détention, l’artiste a affirmé sa volonté de «combattre une culture de discrimination» contre le sujet du vagin dans la société japonaise. «Le manko («vagin» en argot japonais), le vagin sont de vrais tabous dans la société japonaise», peut-on lire sur son site internet. «Le pénis, en revanche, fait partie de la pop culture. […] Je voulais rendre le vagin plus décontracté et pop. C’est pour ça que j’ai créé un abat-jour vagin, une voiture télécommandée-vagin, un étui pour smartphone-vagin, etc.»

Pistolets et vagins

«A-t-elle causé du tort à qui que ce soit?», demande dans le Japan Times Masanori Takano, l’auteur de la pétition qui demande la libération immédiate de Rokudenashiko sur le site change.org (qui avait déjà accueilli la pétition visant l’auteur de remarques sexistes à l’Assemblée municipale de Tokyo). «Ce n’est pas comme si elle avait montré (quelque chose d’obscène) dans un lieu public. Je pense que son travail est de l’art, et non un objet obscène.» D’après des experts en droit criminel cités par le quotidien, les données utilisées pour créer la forme d’un vagin avec une imprimante 3D sont indubitablement du «contenu indécent», et Megumi Igarashi risquerait fort de perdre un procès en affirmant qu’il s’agit d’art.

Selon la police, cela pourrait être la première fois que la technologie de l’impression 3D est utilisée pour distribuer du «contenu à caractère indécent». En mai, la technologie avait déjà préoccupé les autorités nipponnes, au moment de l’arrestation d’un homme qui avait réalisé avec l’aide d’une imprimante 3D non pas un vagin, mais un pistolet. Deux armes également redoutables au regard de la loi.