Proche-Orient: «Israël se dirige vers une opération terrestre au coup par coup»

CRISE Selon Samy Cohen, spécialiste du conflit au Proche-Orient, une opération au sol de grande envergure ne peut être envisageable par Israël…

Propos recueillis par Romain Lescurieux

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Frontière entre Israël et la bande de Gaza, le 8 juillet 2014. Une photo prise sur la frontière montre des panaches de fumée dans la bande de Gaza après un raid aérien israélien.
Frontière entre Israël et la bande de Gaza, le 8 juillet 2014. Une photo prise sur la frontière montre des panaches de fumée dans la bande de Gaza après un raid aérien israélien. — JACK GUEZ / AFP

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a promis ce mercredi d’intensifier les attaques contre le Hamas dans la bande de Gaza, qui ont déjà coûté la vie à 43 Palestiniens. «Nous avons décidé d’intensifier les attaques contre le Hamas et les autres organisations terroristes à Gaza», a-t-il déclaré.

Lancée lundi à minuit, cette opération baptisée «Bordure protectrice» a vu quelques heures plus tard la mobilisation de 40.000 réservistes. Une décision autorisée par le cabinet de sécurité, en prévision d’une possible opération au sol.

Mais les attaques aériennes actuelles peuvent-elles réellement muter en une offensive terrestre? Samy Cohen, directeur de recherche à Science Po/Ceri (Centre d’études et de recherches internationales) et spécialiste du conflit au Proche-Orient, décrypte la situation.

L’opération «Bordure protectrice» se dirige-t-elle vers une offensive terrestre israélienne en territoire palestinien?

Il y a de fortes probabilités, sans que cela soit certain. Mais quoi qu’il arrive, il ne s’agira pas d’une opération de grande envergure comme Plomb Durci en 2008-2009, car Benyamin Netanyahou y est réticent. Et ce, malgré ses récentes déclarations qu’il faut prendre avec des pincettes, car elles sont destinées entre autres à impressionner l’ennemi et calmer l’opinion publique. Je pense qu’il se dirige davantage vers une opération intermédiaire. C’est-à-dire une opération certes terrestre mais au coup par coup avec des unités d’élite, tout en intensifiant les attaques aériennes. Quoi qu’il arrive, s’il décide d’attaquer au sol, il ne fera pas de déclaration. Ce sera une opération surprise.

Quel serait le but d’une telle opération au sol? Est-ce un moyen de répondre à une volonté d’une partie de l’opinion publique israélienne?

Le but premier est de faire cesser les tirs du Hamas, notamment en continuant de détruire des infrastructures. Mais ça peut très bien les intensifier, il y a un réel risque d’engrenage. Mais Benyamin Netanyahou en est conscient. En ce qui concerne l’opinion israélienne, le Premier ministre est pris en sandwich, d’une part par les gens qui veulent que cela s’arrête et d’autre part par les risques d’un engrenage avec des répercussions internationales. Mais lui ne veut surtout pas d’un engagement duquel il ne sait plus comment s’en sortir.

Qu’est-ce qui pourrait encore empêcher une telle opération? Il était évoqué la semaine dernière une tentative de médiation égyptienne. Qu’en est-il actuellement?

Il faut quelqu’un de l’extérieur pour trouver une formule honorable. Les Palestiniens ont contacté la Turquie et le Qatar, mais ni l’un ni l’autre n’a de bonnes relations avec Israël. Effectivement, l’Egypte est bien placée. En 2012, date du précédent conflit, c’est la médiation égyptienne qui avait permis la conclusion d’un cessez-le-feu. Depuis, la configuration a changé. Le pays a ses problèmes et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, à la différence de Mohamed Morsi, ne considère pas la Hamas comme une force amie, car c’est une émanation des Frères musulmans qu’il combat dans son propre pays. Mais pour le moment personne ne s’est encore exprimé.