Pourquoi le cannabis thérapeutique a-t-il autant la cote ?

CANNABIS THÉRAPEUTIQUE De plus en plus de pays à travers le globe autorisent l’usage du cannabis thérapeutique, une tendance qui vient de gagner l’Etat de New York…

Anissa Boumediene

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Des plants de cannabis à usage médical.
Des plants de cannabis à usage médical. — B.Linsley/AP/SIPA

C’est le 23e Etat américain à autoriser l’usage du cannabis à des fins médicales. Désormais, dans l’Etat de New York, aux Etats-Unis, les patients atteints de cancer, du VIH ou encore de la sclérose en plaques pourront se faire prescrire du cannabis pour soulager certains de leurs symptômes.

En France, si le débat est récurrent, la légalisation du cannabis, même à usage thérapeutique, n’est pas à l’ordre du jour, malgré les demandes des associations de malades.

Faire avancer la recherche et entendre la voix des malades

Pour les Etats qui l’ont autorisée, la légalisation du cannabis à des fins médicales s’inscrirait dans une politique de santé publique qui stimule la recherche médicale et entend la parole des malades. «Aux Etats-Unis ou en Israël, où l’usage thérapeutique est autorisé, de nombreuses études ont démontré les vertus médicinales du cannabis, alors que personne ne se penche sur la question en France», estime Fabienne Lopez, présidente de l’association Principes Actifs qui œuvre pour la dépénalisation du cannabis thérapeutique en France. «Cela s’explique par une conception différente des méthodes de soins qu’ont ces pays, qui n’ont pas rompu avec l’herboristerie et banni le cannabis de leur pharmacopée. Au final, les malades y gagnent, en bénéficiant enfin de soins de qualité, contrôlés strictement. C’est plus sain», ajoute-t-elle.

Enrayer le trafic

Outre ses bienfaits pour les patients, la légalisation du cannabis a aussi pour vertu d’enrayer une partie du trafic de stupéfiants. Une fois autorisées par la loi, la culture et la commercialisation de la plante échappent au marché noir et aux problématiques de sécurité et d’économie souterraine qui vont avec.

Un argument avancé depuis de nombreuses années par le maire de Sevran (Seine-Saint-Denis). Pour l’édile, à la tête de l’une des villes les plus pauvres de France, la dépénalisation du cannabis couperait l’herbe sous le pied des dealers et réduirait les violences et la circulation des armes à feu, notamment dans les banlieues.

Prendre sa part du gâteau

Si seuls deux Etats américains autorisent le cannabis récréatif (Washington et Colorado), son usage médical est permis dans près de la moitié des Etats-Unis. Ce marché, plus restreint, permet de créer de nombreux emplois et représente une manne financière importante pour les Etats.

En Californie, l’un des pionniers de la légalisation du cannabis, sa commercialisation à des fins thérapeutiques générerait un marché juteux de près de 15 milliards de dollars, sur lequel l’Etat prélève des millions de dollars de taxes.

Moins de dépenses de santé

Autre argument économique, la légalisation du cannabis thérapeutique permettrait aux Etats de contrôler leurs dépenses de santé. «Un médicament à base de tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD), comme le Sativex, remplace aisément jusqu’à quatre autres médicaments grâce à ses propriétés. Plus besoin d’anti-inflammatoires ni de dérivées morphiniques dans certains cas», déclare Fabienne Lopez.

Mais le cannabis est un médicament puissant: les médecins recommandent de commencer par des petites doses, pour éviter les effets indésirables. «A l’exception des effets négatifs associés aux produits de combustion, les effets secondaires indésirables seraient comparables aux effets tolérés d’autres médicaments», déclarait en 1999 l’Institut de Médecine des États-Unis.

«De plus en plus de pays légalisent le cannabis médical, poursuit Fabienne Lopez. Pour nous, les patients français, c’est une lueur d’espoir».