VIDEO. Proche-Orient: «Il y a un potentiel pour un nouveau cycle de violences»

INTERVIEW Toutefois Hugh Lovatt, responsable du projet Israël/Palestine du Conseil Européen des Relations Internationales, ne pense pas pour autant qu’une «troisième Intifada» va éclater...

Bérénice Dubuc

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Palestinians clash with Israeli troops in the Arab neighborhood of Shuafat, an arab neighborhood of Jerusalem nearby the home of Mohammed Abu Khudair,16, who was found dead in the Jerusalem forest early this morning . The discovery of his body raised suspicions that he was killed by Israelis avenging the death of the three abducted Israeli Jewish teenagers .(Photo by Heidi Levine /Sipa Press)./Credit:LEVINE/SIPA/1407031502
Palestinians clash with Israeli troops in the Arab neighborhood of Shuafat, an arab neighborhood of Jerusalem nearby the home of Mohammed Abu Khudair,16, who was found dead in the Jerusalem forest early this morning . The discovery of his body raised suspicions that he was killed by Israelis avenging the death of the three abducted Israeli Jewish teenagers .(Photo by Heidi Levine /Sipa Press)./Credit:LEVINE/SIPA/1407031502 — SIPA

Des messages de haine à l’encontre des Arabes sur le Web israélien, des heurts en Cisjordanie et à Jérusalem, des tirs de roquettes vers Israël auxquels l’aviation israélienne a répondu par des raids nocturnes. Le Proche-Orient connaît un regain de violences depuis que le corps d’un adolescent palestinien a été retrouvé mardi soir, dans ce qui semble être un acte de vengeance après la découverte des corps des trois jeunes israéliens enlevés le 12 juin en Cisjordanie. Mais, selon Hugh Lovatt, responsable du projet Israël/Palestine du Conseil Européen des Relations Internationales, ce nouveau cycle de violences généralisées ne signifierait pas forcément une troisième Intifada.

La mort des trois jeunes Israéliens et du jeune Palestinien peut-elle engendrer une troisième Intifada?

Tout d’abord, précisons que cela fait maintenant un certain temps que beaucoup prédisent qu’une troisième Intifada va éclater, mais jusqu’à présent cela a toujours été prématuré. Depuis quelques années, le niveau de violence est à relativement bas dans les Territoires palestiniens, et la société palestinienne a encore le souvenir très douloureux de ce que lui a coûté la seconde Intifada.

De plus, du côté d’Israël comme du côté de l’autorité palestinienne, il n’y a pas de volonté d’alimenter le conflit, car il y a des risques potentiels majeurs pour les deux entités. Cependant, il y a tout de même un potentiel pour un nouveau cycle de violences, notamment si des Palestiniens étaient à nouveau tués, si certains responsables du Hamas étaient ciblés, ou si une roquette tombait sur une ville israélienne.

Les autorités israéliennes peuvent-elles empêcher les violences entre Israéliens et Palestiniens?

La police, l’armée et le Shin Beth (les renseignements intérieurs israéliens) ont développé depuis une vingtaine d’années une très bonne capacité à gérer la société palestinienne et à en suivre les développements. Ils ont donc a priori une bonne idée des potentielles menaces terroristes, d’autant plus qu’ils travaillent en étroite collaboration avec l’autorité palestinienne sur les questions de sécurité.

Mais le risque côté palestinien n’est pas une attaque venant des groupes radicaux, mais plutôt d’individus isolés, de «loups solitaires» («lone wolf attack»). Côté israélien, le plus grand risque de violences vient des colons extrémistes, dont le discours se propage depuis quelques temps, et qui attaquent les Palestiniens, mais aussi leurs biens, leurs maisons… dans ce que l’on appelle des «price tag attacks». C’est très inquiétant, d’autant plus que les autorités israéliennes ne montrent pas de réelle volonté d’intervenir et de restreindre ces attaques. Si elles se multipliaient en Cisjordanie, cela risquerait de provoquer les Palestiniens, et d’amener un nouveau cycle de violences.

Et du côté de l’autorité palestinienne?

Le gouvernement de consensus palestinien risque gros: les Palestiniens pourraient diriger leur colère vers l’autorité palestinienne, du fait de sa coopération sécuritaire avec Israël. Et si le gouvernement israélien choisissait la force (démantèlement de l’infrastructure, assassinat de leaders…) en représailles à l’assassinat des trois jeunes Israéliens pour lequel il juge le Hamas palestinien responsable, le danger serait que les Palestiniens se tournent de plus en plus vers des groupes bien plus radicaux.