Israël: Le kidnapping suivi de meurtre, nouveau mode opératoire des terroristes?

DÉCRYPTAGE L’enlèvement et l’assassinat de Eyal Yifrach, Naftali Frankel et Gilad Shaer rompt avec les précédents enlèvements de soldats, et semble porter la signature d’un autre groupe que celle du Hamas...

Bérénice Dubuc

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La dépouille de Naftali Frenkel avant son inhumation à Nof Ayalon, près de Modiin, en Israël, le 1er juillet 2014.
La dépouille de Naftali Frenkel avant son inhumation à Nof Ayalon, près de Modiin, en Israël, le 1er juillet 2014. — SIPA

Un enlèvement qui choque et émeut en Israël. Les enlèvements ne sont pourtant pas une nouveauté depuis le début du conflit israélo-palestinien. Mais, alors qu’auparavant il s’agissait d’enlèvements de soldats, retenus en otages jusqu’à ce que les autorités israéliennes libèrent -parfois massivement- des prisonniers palestiniens, les trois Israéliens enlevés le 12 juin étaient étudiants et avaient moins de 20 ans. Ils ont été retrouvés morts près de la route où ils avaient été vus pour la dernière fois, et leur décès est probablement intervenu peu après l’enlèvement, selon les médias israéliens.

«S’ils ont été tués rapidement après leur kidnapping, cela montrerait un nouveau mode opératoire», explique Alain Rodier, directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement. «Cette méthodologie peut être le signe d’un groupuscule isolé et indépendant de toute autorité, qui ne peut gérer ce type d’opération», ajoute le spécialiste du terrorisme, soulignant que cette «signature» n’est pas celle du Hamas, qui sait gérer de longues prises d’otages pour pouvoir les échanger.

«Des individus qui ont agi de leur propre initiative»

Pourtant, les autorités israéliennes ont depuis l’enlèvement des trois jeunes pointé le Hamas du doigt, les renseignements intérieurs ayant dévoilé les identités des deux principaux suspects, Marouane Kawasmeh et Amer Abou Eisheh, qui ont déjà purgé dans le passé des peines de prison en Israël pour leur participation à des «activités terroristes pour le compte du Hamas». «Il est logique qu’Israël incrimine le Hamas, son ennemi désigné, reprend Alain Rodier. Cela lui permet aussi de pousser le mouvement islamiste palestinien à contrôler un peu mieux ses membres. Mais je ne vois pas ce que le Hamas aurait à gagner avec un enlèvement et une mort quasi immédiate, même si rien n’est jamais impossible.» Pour le spécialiste, les responsables de l’enlèvement et des assassinats sont «des individus qui ont agi de leur propre initiative, sans recevoir d’ordre».

Un groupe inconnu, les «Partisans de l’Etat islamique» ayant prêté allégeance à l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui se fait désormais appeler «Etat islamique» pour supprimer toute référence géographique, a revendiqué les enlèvements et les meurtres, même si cette revendication n’a pas été authentifiée.

Un vivier très intéressant

«Il faut faire attention quand une formation a le vent en poupe, prévient Alain Rodier. Il est tentant pour les terroristes de s’en revendiquer, car cela leur permet d’avoir un retentissement plus important sur la scène médiatique et internationale.» C’était déjà le cas il y a quelques années quand des groupes qui partageaient une convergence de vue idéologique mais pas opérationnelle avec Al-Qaida s’en revendiquaient. Des groupes radicaux inscrivent par ailleurs déjà leur action dans la continuité de l’Etat islamique dans le Sinaï, base arrière idéale pour s’attaquer au régime de Sissi en Egypte et à l’ennemi israélien, cibles de notoriété publique de l’Etat islamique.

«Les groupes palestiniens constituent un vivier très intéressant, notamment pour l’Etat islamique, qui considère que le califat va devoir englober toute la région», analyse Alain Rodier. D’autant plus que le Hamas est affaibli, financièrement mais aussi en termes de crédibilité. «L’organisation est beaucoup moins “carrée “qu’auparavant, ce qui peut expliquer la dérive d’un certain nombre de déçus, qui constatent l’inefficacité du Hamas à s’opposer à la colonisation israélienne.» Et choisissent d’intégrer des groupes encore plus extrémistes.