Proche-Orient: «L'assassinat des trois jeunes Israéliens pourrait être une entrave à la reprise des négociations de paix»

INTERVIEW Le processus de paix étant à l’arrêt depuis plusieurs semaines, ces nouvelles violences pourraient compromettre la reprise des négociations, selon le docteur en géopolitique Frédéric Encel...

Bérénice Dubuc

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Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et le président palestinien Mahmoud Abbas, le 15 septembre 2012, à Jérusalem.
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et le président palestinien Mahmoud Abbas, le 15 septembre 2012, à Jérusalem. — L.MIZRAHI / AFP

Lui «faire payer». C’est ce qu’a promis lundi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au Hamas palestinien, à qui il impute l’assassinat des trois jeunes Israéliens enlevés le 12 juin dans le sud de la Cisjordanie. Le Hamas a pour sa part nié être impliqué dans le rapt, mais a promis à Israël «les portes de l’enfer» en cas d’offensive. Moins d’un mois après l’«invocation à la paix» -rencontre de prière historique réunissant Palestiniens et Israéliens- au Vatican, la mort des trois jeunes Israéliens compromet encore un peu plus l’avancée du processus de paix au Proche-Orient, comme l’explique à 20 Minutes Frédéric Encel, docteur en géopolitique, professeur à l’ESG management school et auteur d’Atlas géopolitique d’Israël (Seuil, 2008).

L’assassinat des trois jeunes Israéliens enlevés le 12 juin risque-t-il de relancer les hostilités entre Israéliens et Palestiniens?

Toute violence, toute montée de tension envenime les relations entre Israéliens et Palestiniens. En revanche, ces assassinats ne risquent pas d’envenimer les négociations de paix, puisque celles-ci sont inexistantes. Le processus de paix est en effet à l’arrêt depuis plusieurs semaines. Ces assassinats pourraient en revanche être une entrave de plus à la reprise des négociations.

Quelle est la meilleure riposte que peut choisir Benyamin Netanyahou?

Comme dans toute guerre asymétrique, une intervention massive au sol, comme en 2008-2009, serait extrêmement coûteuse à Israël, et braquerait de nouveau l’attention internationale et médiatique -pour l’heure plutôt tournée sur la Syrie et l’Irak- sur lui. Je pense que le Premier ministre va choisir de frapper de manière ciblée des chefs militaires et politiques du Hamas, très isolé du fait du retour des nationalistes au pouvoir en Egypte au détriment des Frères musulmans dont il se réclame.

Les «Partisans de l’Etat islamique», groupe inconnu ayant prêté allégeance à l’EIIL, ont revendiqué les enlèvements et les meurtres. Est-ce une nouvelle menace crédible pour Israël?

Cette revendication semble crédible, d’autant plus que le mouvement nationaliste palestinien est extrêmement scissipare. Il a tendance à se subdiviser en plusieurs partis, comme le Hamas, né d’une division de l’OLP en 1988. De plus, il semble y avoir actuellement une synergie autour de l’EIIL, avec notamment la récente allégeance du front Al Nosra.

Quant à Israël, l’apparition d’un nouveau groupe islamiste radical va lui poser des difficultés sécuritaires supplémentaires, mais sera aussi paradoxalement un gain du côté politique, puisqu’il signifierait un affaiblissement du Hamas, donc du gouvernement de consensus palestinien et, par ricochet de Mahmoud Abbas. Ce dernier se retrouve entre le marteau et l’enclume: le Hamas peut lui demander officiellement de cesser toute négociation de paix avec Israël, alors que le gouvernement nationaliste israélien peut pointer du doigt sa non-représentativité et donc son inefficacité totale à la table des négociations.