La Gay pride, une journée des fiertés loin d’être internationale

MONDE La journée internationale des fiertés n’a pas été célébrée dans tous les pays ce week-end…

Audrey Chauvet
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Des drag queens défilent lors de la gay pride à Tel Aviv, le 13 juin 2014
Des drag queens défilent lors de la gay pride à Tel Aviv, le 13 juin 2014 — Jack Guez AFP

Loin des chars bariolés et des revendications pour la procréation médicalement assistée, les communautés lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) de nombreux pays n’ont pas eu le droit de célébrer la journée internationale des fiertés ce week-end. Interdite dans certains pays, sous tension dans d’autres, l’organisation de cette marche est encore un défi dans de nombreuses régions.

Tolérée, mais surveillée

La marche des fiertés a été réduite à sa plus simple expression, vendredi à Belgrade, après trois années d’interdiction dans la capitale serbe pour des raisons de sécurité. Depuis des affrontements violents en 2010, les autorités serbes avaient interdit les défilés. Cette année, ce sont les organisateurs qui ont préféré rester sobres en hommage aux victimes des inondations: le grand défilé prévu le 31 mai a été annulé avant d’avoir obtenu une autorisation officielle et remplacé par une petite manifestation d’une centaine de personnes sous escorte policière.

En Chine, la communauté gay sort peu à peu de l’ombre. Encore fortement réprimée dans les provinces les plus reculées, c’est dans la ville de Shanghai qu’une gay pride a pu être organisée, pour la sixième année, à la fin juin. Projection de films, débats, expositions artistiques, soirée dansante et même un «pink barbecue» ont été programmés durant une semaine dans la «ville la plus gay-friendly» de Chine. Toutefois, les défilés ont été interdits par les autorités chinoises.

Des marches très politiques

Au Proche-Orient, deux gay prides sont en train de s’imposer comme des événements majeurs: celles de Tel-Aviv en Israël, et celle d’Istanbul en Turquie. Point d’orgue de quatre jours de festivités, la Gay Pride stambouliote voit chaque année ses rangs grossir considérablement, passant de quelques dizaines de participants lors de sa première édition en 2003 à plus de 50.000 l’année dernière, sans compter le renfort des manifestants de la place Taksim. Quant au défilé de Tel-Aviv, il devient même une destination de vacances pour près de 25.000 touristes qui participent aux nombreuses manifestations organisées. Mais si Tel-Aviv devient une des capitales gays du monde, la situation est très différente à Jérusalem où les tensions entre communautés religieuses rendent les défilés LGBT risqués.

Interdiction pure et simple

A Moscou, la gay pride a été interdite pour la neuvième année consécutive. L’homosexualité a beau être légale en Russie, la marche des fiertés est considérée comme un acte de «propagande auprès des mineurs de relations sexuelles non traditionnelles». Le défilé qui devait se tenir le 31 mai s’est réduit à deux cortèges d’une trentaine de militants, dont au moins six ont été arrêtés par la police.

Seul pays africain où une gay pride est autorisée, l’Afrique du Sud sert de porte-voix aux autres pays : l’homosexualité est illégale dans 38 pays africains sur les 54 que compte le continent, et est même passible de la peine de mort en Mauritanie, au Soudan et en Somalie. Le Nigeria et l’Ouganda sont en train de durcir leur loi à l’encontre des homosexuels. Dans quelques pays, des groupes de militants LGBT tentent de lancer des mobilisations discrètes, à l’image de la journée nationale des homosexuels algériens, qui consiste, tous les 10 octobre, à allumer une bougie et en poster la photo sur Facebook.