Accord Ukraine-UE: La Russie se montre menaçante

MONDE L'accord vient à peine d'être signé...

20 Minutes avec AFP

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Le président russe Vladimir Poutine dans sa résidence près de Moscou, le 17 juin 2014
Le président russe Vladimir Poutine dans sa résidence près de Moscou, le 17 juin 2014 — Alexei Druzhinin Ria-Novosti

L’encre est encore fraîche. La réaction de la Russie l’est tout autant. L'accord d'association économique vient tout juste d’être signé ce vendredi entre l'Ukraine et l'Union européenne et déjà, Moscou se montre menaçante. Cet accord aura de «graves conséquences», a averti un haut diplomate russe cité par l'agence Interfax.

«La conclusion d'un tel accord aussi sérieux relève bien sûr de la souveraineté de chaque État», a déclaré un vice-ministre des Affaires étrangères, Grigori Karassine. «Les conséquences de l'accord (signé) par l'Ukraine et la Moldavie seront sans aucun doute graves».

«Il est important que les signataires de ce document comprennent bien qu'il n'a pas seulement des conséquences sur les relations avec l'UE, mais aussi sur celles avec les autres partenaires, dont la Russie, dans la mesure où l'Ukraine et la Moldavie ont des accords de libre échange au sein de la CEI», la Communauté des États indépendants qui réunit des ex-républiques soviétiques sans les pays baltes et la Géorgie, a poursuivi Karassine.

La Russie veut réévaluer ses droits de douane avec l'Ukraine

Le Kremlin a de son côté répété que la Russie prendrait des mesures pour défendre son économie «dès qu'apparaîtront» des signes de conséquences négatives. «Tout ce qui est nécessaire pour défendre notre économie sera entrepris», a assuré Dmitri Peskov, le porte-parole du président, cité par les agences russes.

L'accord commercial signé vendredi à Bruxelles vise en particulier à supprimer l'essentiel des barrières douanières entre l'Ukraine et les pays de l'UE. La Russie craint une arrivée de produits fabriqués dans l'UE, via l'Ukraine, au détriment de sa production nationale, et estime que Kiev ne peut pas disposer de conditions commerciales privilégiées à la fois avec Bruxelles et Moscou.

«L'Ukraine ne peut pas vendre sa production sur le marché russe aux mêmes conditions qu'avant parce que chaque zone de libre échange a ses exigences», a estimé l'influent parlementaire Alexeï Pouchkov, cité par Interfax. «La Russie devra revoir les conditions du commerce avec l'Ukraine» et «ne peut pas conserver des droits de douanes à zéro à la frontière», a-t-il ajouté, estimant les pertes pour l'économie ukrainienne à 30 à 40 milliards de dollars par an.

Des mesures de protection

Mercredi déjà, la Russie avait averti qu'elle prendrait des «mesures de protection» s'il s'avérait que les accords d'association signés entre l'UE et l'Ukraine, la Moldavie et la Géorgie, nuisaient à son économie. Des négociations triparties entre la Russie, l'Ukraine et l'Union européenne sur les conditions d'application de l'accord doivent se tenir le 11 juillet, avait pour sa part annoncé jeudi le ministère russe des Affaires étrangères.

La dégradation des relations entre l'Ukraine et la Russie ces dernières années ont entraîné une diminution considérable de leurs échanges commerciaux, aggravant les difficultés de l'économie ukrainienne en récession quasi permanente depuis plus de deux ans.

La Russie et l'UE représentent chacun environ le quart des échanges commerciaux de l'Ukraine. Moscou est un partenaire commercial très important notamment pour les industries lourdes (métallurgie mais aussi chimie, aéronautique et défense) de l'Est russophone de l'Ukraine, actuellement en proie à une insurrection prorusse.