Situation des femmes au Soudan: «Elles sont quasiment systématiquement violées»

INTERVIEW La président d’Amnesty International France parlent des femmes au Soudan après l’inculpation d’une Soudanaise chrétienne…

Bertrand de Volontat

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Capture d'écran Google map du Soudan.
Capture d'écran Google map du Soudan. — Capture d'écran Google map

Ce mercredi, une Soudanaise chrétienne menacée de mort malgré l'annulation de sa condamnation à mort pour apostasie a été inculpée d'usage de faux après avoir été empêchée de quitter le Soudan. Les autorités soudanaises accusent désormais Meriam Yahia Ibrahim Ishag d'avoir présenté un faux document et fourni de fausses informations lorsqu'elle a cherché à quitter le pays mardi avec son mari et son fils de 20 mois et sa petite fille née en détention.

Le cas de cette jeune femme de 26 ans condamnée à la peine de mort le 15 mai dernier a suscité l'indignation de gouvernements occidentaux et de groupes de défense des droits de l'Homme. 20 Minutes a interrogé Geneviève Garrigos la présidente d’Amnesty International France sur la situation des femmes au Soudan.

Quelle est la situation actuelle des femmes au Soudan?

Il existe des lois qui empêchent les femmes d’avoir des activités publiques et également des discriminations concernant la liberté d’expression. Les chatiments corporels prévus pour des infractions définies très vaguement dans certains articles du code pénal conduisent régulièrement à réprimer durement les femmes -coups de fouet, prison, etc. Par exemple, si une femme ne peut pas prouver qu’il y a eu viol, alors c’est de la prostitution. Elles n’ont aucune manière de se défendre ou de porter plainte. La question des violences sexuelles est très prégnante au Soudan, les femmes et les filles sont quasiment systématiquement violées. La question de l’adultère est liée au viol et les femmes violées peuvent ainsi être condamnées à la lapidation pour adultère.

Pourquoi rien ne change?

Parce que la situation des droits humains au Darfour est catastrophique. Le président soudanais Omar El-Béchir est soutenu par d’autres chefs d’Etat, ce qui l’encourage à poursuivre son action. C’est un régime de la peur avec l’arrestation systématique des journalistes et de l’opposition. Il faudrait que les autres chefs d’Etat fassent pression afin qu’il ne puisse plus pouvoir sortir du pays ou qu’il respecte l’embargo sur les armes. Pour rappel, Omar El-Béchir est déjà au ban de la communauté [en 2009 et 2010, la Cour pénale internationale a émis des mandats d'arrêt internationaux contre El-Béchir. Ce dernier est accusé de crime de guerre, crime contre l'humanité et génocide dans le cadre de la guerre civile au Darfour. El-Béchir devient le premier chef d'État en exercice à faire face à un mandat d'arrêt international.]

Est-ce à la communauté internationale d’intervenir?

Le vrai problème est de savoir jusqu’ou les Occidentaux peuvent faire pression car Omar El-Béchir a des alliés indirects comme la Chine et la Russie. Nous avons relevé qu’Omar El-Béchir jette des barils d’explosifs sur les civils dans le Sud Kordofan et la communauté ne dit rien par rapport à ça. De plus, Omar El-Béchir ne laisse pas arriver l’aide humanitaire et bombarde en période de récolte, provoquant des situations de famine. Il faut faire pression sur les Etats africains. C’est à l'Union africaine (UA) de prendre position, ils ont un vrai rôle à jouer.