Tchad: «Il faut absolument éviter une catastrophe humanitaire»

INTERVIEW Bruno Maes, représentant de l’Unicef au Tchad, revient sur les opérations d’urgence et de plus long terme menées auprès des populations de RCA qui ont trouvé refuge dans le pays…

Bérénice Dubuc
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Bruno Maes, le représentant de l’Unicef au Tchad.
Bruno Maes, le représentant de l’Unicef au Tchad. — UNICEF Tchad

Ce vendredi marque la journée mondiale des réfugiés. Au Tchad, ils étaient plus de 440.000 à la fin février 2014. Parmi eux, 100.000 viennent de la République centrafricaine (RCA), et 70.000 vivent dans des camps. Bruno Maes, représentant de l’Unicef au Tchad, explique à 20 Minutes les opérations d’assistance que ses équipes mènent auprès de ces populations.

Quelles ont été les grandes priorités de l’Unicef pour gérer l’afflux de retournés de RCA?

Les premières semaines, nous avons apporté une réponse d’urgence pour fournir de l’eau potable en quantité suffisante, et prévenir les épidémies en assurant des conditions d’assainissement et d’hygiène adéquates (construction de latrines). Le sud est en effet une zone qui connaît de nombreuses épidémies. Une grosse douzaine de districts sont ainsi touchés par une épidémie de rougeole depuis janvier-février.

Notre deuxième priorité a été la prise en charge des quelque 1.150 enfants non accompagnés, en mettant sur pied des structures d’identification, d’assistance et de protection, car ces enfants sont extrêmement vulnérables à de potentiels abus (exploitation, trafic…). Enfin, les gens sont arrivés affaiblis, malades. Nous avons donc dû leur donner une assistance médicale, avec des postes de santé fonctionnels, mobiles, là où ils se trouvaient.

Que reste-t-il à faire?

Nous intervenons aussi dans le secteur des abris. Nous avons vidé les stocks et fait des commandes d’urgence pour protéger ces populations contre les intempéries, mais encore aujourd’hui, beaucoup de retournés ne sont pas abrités. Nous vivons actuellement une véritable course contre la montre, car la saison des pluies arrive. Et, une fois passée la saison des pluies, nous savons que ces populations vont rester de nombreux mois ici, mais qu’elles n’ont pas pu acquérir les moyens de survie qui leur permettront de subvenir à leurs besoins quotidiens. Ils vont avoir besoin d’une assistance humanitaire pour une période de plusieurs mois, avant qu’ils ne puissent se réinsérer dans le tissu social et économique tchadien.

Outre la réponse d’urgence, quels sont vos projets de plus long terme?

L’un de nos objectifs, c’est que ces enfants aient une belle rentrée scolaire en septembre. Il n’y a rien de tel que d’investir dans l’éducation pour accélérer le retour à une certaine normalité, permettre à ces enfants de redémarrer une vie malgré le contexte très difficile, et leur donner un avenir. Actuellement, ce sont des milliers d’enfants qui ne sont pas scolarisés -les enfants retournés, mais aussi ceux des populations hôtes, qui connaissent de gros problèmes d’accès à l’école. L’Unicef a déjà commencé à monter des salles de classe. Cinq cents ont déjà été construites, il en reste 1.000 à mettre en place d’ici 2015. Le ministère de l’Education tchadien doit pour sa part fournir le matériel éducatif, assigner des professeurs… Nous avons à peine trois mois avant la rentrée. C’est très court mais nous allons déployer tous les moyens en notre possession.

Avez-vous les fonds disponibles pour mettre en œuvre ces projets?

Malheureusement non. Il y a un manque de financements criant, qui ne nous permet pas de combler les lacunes dans les différents secteurs. Depuis six mois, nous n’avons pu dépenser que 4 millions de dollars, sur les 18 qui sont nécessaires pour faire face à cette crise. C’est très inquiétant, car il faut absolument éviter une catastrophe humanitaire. Ces populations, majoritairement constituées d’enfants et de femmes, ont déjà été victimes d’extrême violence, ont tout perdu, sont arrivées sans rien, et elles risquent d’être dans une situation encore plus dégradée. Il faut tout faire pour qu’elles puissent survivre et être protégées, dans la dignité.