Espagne: Felipe VI peut-il rénover la monarchie?

MONDE Le nouveau roi d'Espagne prêtera serment ce jeudi lors d'une sobre cérémonie...

20 Minutes avec AFP

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Le Prince Felipe pendant la cérémonie d'abdication de son père Juan Carlos, le 18 juin 2014.
Le Prince Felipe pendant la cérémonie d'abdication de son père Juan Carlos, le 18 juin 2014. — aniel Ochoa de Olza/AP/SIPA

Felipe VI de Bourbon est devenu à minuit le nouveau roi d'Espagne et prêtera serment jeudi lors d'une sobre cérémonie, avant de s'atteler à sa lourde mission: rajeunir une monarchie en quête de légitimité et préserver une unité nationale malmenée par le séparatisme catalan.

Moderne et cultivé, le jeune roi en grand uniforme militaire, portant la ceinture de soie rouge de capitaine général des Armées reçue des mains de son père Juan Carlos, qui a signé mercredi son abdication, jurera fidélité à la Constitution de 1978, le socle fondateur de la démocratie espagnole.

La monarchie contestée par un Espagnol sur deux

A 46 ans, Felipe hérite d'une monarchie contestée, selon les sondages, par un Espagnol sur deux, dans un pays miné par la crise économique et le chômage. Resté populaire face au discrédit qui frappe son père, il devra répondre à de nombreux espoirs qu'il aura sans doute du mal à honorer.

«Aujourd'hui, les Espagnols attendent tout de lui: qu'il trouve une solution pour la Catalogne, pour le chômage, qu'il donne un nouveau visage aux institutions», relève Cote Villar, journaliste au quotidien El Mundo. «C'est un grand souffle d'air frais. Mais le risque de déception est très grand», souligne-t-elle.

Une journée exclusivement laïque

Jeudi matin, la cérémonie se déroulera devant le Parlement, en l'absence d'invités étrangers. Rompant avec la tradition catholique, la journée sera exclusivement laïque. Après avoir prêté serment, dans l'hémicycle du Congrès des députés, et prononcé son premier discours de roi, Felipe présidera un défilé militaire, rappelant sa fidélité à la tradition qui fait de lui le chef des Armées.

Madrid, pour accueillir son nouveau roi, s'est parée de milliers de fleurs et de drapeaux espagnols rouge et or, un décor éclipsant les manifestations républicaines qui avaient suivi l'annonce, le 2 juin, de l'abdication de Juan Carlos et les voix, minoritaires, qui réclamaient au Parlement un référendum sur l'avenir de la monarchie.

Les défis qui attendent le nouveau roi

En abdiquant, Juan Carlos a transmis à son fils la lourde tâche de rénover la Couronne, laissant place à une «nouvelle génération». Mais Felipe dispose d'une marge de manoeuvre étroite, dans un pays où la crise a engendré une perte de confiance dans les institutions, où le régime de la monarchie parlementaire ne lui laisse que peu de pouvoirs.

Sans doute son premier dossier brûlant, la poussée séparatiste en Catalogne, à quelques mois du référendum d'autodétermination prévu par les nationalistes en novembre, mettra à l'épreuve les talents de diplomate de Felipe, qui parle catalan et entretient des liens privilégiés avec la région.

Parmi les embûches attendues sur son chemin, le roi devra aussi composer avec les retombées du scandale judiciaire qui frappe sa soeur Cristina, inculpée de fraude fiscale. Avec Juan Carlos, Cristina sera jeudi l'autre grande absente.