L'Ukraine va ordonner un cessez-le-feu unilatéral dans l'Est

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Le président ukrainien Petro Poroshenko ici le 6 juin 2014 lors des cérémonies du Débarquement, vient d' annoncer un prochain cessez-le-feu unilatéral dans l'Est de l'Ukraine
Le président ukrainien Petro Poroshenko ici le 6 juin 2014 lors des cérémonies du Débarquement, vient d' annoncer un prochain cessez-le-feu unilatéral dans l'Est de l'Ukraine — Alain Jocard POOL

L'Ukraine va ordonner un cessez-le-feu à ses troupes dans l'Est séparatiste prorusse, a annoncé mercredi le président Petro Porochenko, qui a nommé un nouveau chef de la diplomatie moins belliqueux après des discussions avec Vladimir Poutine.

Moscou, qui a coupé le gaz lundi à l'Ukraine, a de son côté lancé des poursuites contre le ministre ukrainien de l'Intérieur Arsen Avakov pour le «meurtre intentionnel» de civils depuis avril dans l'Est, au lendemain de la mort de deux journalistes russes.

Après s'être entretenu mardi soir avec son homologue russe Vladimir Poutine, le dirigeant ukrainien pro-occidental Petro Porochenko a indiqué qu'il ordonnerait «sous peu» un cessez-le-feu unilatéral dans l'est, dans le cadre de son plan de paix pour mettre fin à une violente insurrection séparatiste.

De premiers échanges «substantiels» entre les deux hommes s'étaient déroulés la semaine dernière, faisant naître l'espoir d'une désescalade. Mais la destruction en vol d'un avion militaire par les séparatistes, faisant 49 morts, et plusieurs incidents diplomatiques entre Kiev et Moscou ont rapidement douché cette attente.

«Le plan de paix débute avec mon ordre de cessez-le-feu unilatéral», a déclaré M. Porochenko, cité par l'agence Interfax-Ukraine.

«Immédiatement après cela, nous devons recevoir le soutien pour ce plan de paix présidentiel de tous les participants (impliqués dans le conflit). Cela devrait intervenir très rapidement», a-t-il ajouté.

- Cessez-le-feu d'ici «quelques jours» -

Le ministre ukrainien de la Défense, Mykhaïlo Koval, a précisé que le cessez-le-feu interviendrait d'ici «quelques jours». Depuis le début d'une opération militaire ukrainienne le 13 avril, au moins 325 personnes ont été tuées.

Dans son plan de paix, le président ukrainien appelle également Vladimir Poutine à reconnaître officiellement les nouveaux dirigeants du pays après la chute de l'administration prorusse fin février.

M. Porochenko a aussi promis mercredi l'amnistie «à ceux qui déposeront les armes et à ceux qui n'auront pas commis de crimes graves».

Cet appel à déposer les armes a aussitôt été rejeté par un porte-parole de la république séparatiste autoproclamée de Donetsk, l'un des fiefs des insurgés.

«Pourquoi devrions-nous déposer les armes? Nous ne faisons pas confiance à Porochenko. Ce n'est qu'un stratagème», a déclaré Miroslav Rudenko, cité par Interfax, ajoutant que plusieurs bombardements dans l'Est avaient suivi la déclaration de solution pacifique au conflit.

- Un nouveau chef de la diplomatie -

Le président ukrainien a aussi nommé un chef de la diplomatie moins belliqueux pour remplacer celui qui fut à l'origine le week-end dernier d'un tollé diplomatique entre Kiev et Moscou.

Il a nommé à ce poste stratégique Pavlo Klimkine, l'actuel représentant ukrainien dans les négociations en cours avec la Russie pour instaurer une feuille de route établie par l'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) visant à une désescalade.

Selon le site du parlement ukrainien, la nomination de Pavlo Klimkine, 46 ans, en remplacement d'Andriï Dechtchitsa, a été soumise mercredi par le cabinet présidentiel et elle devrait être approuvée dans la semaine.

Andriï Dechtchitsa avait lancé «Poutine, connard!» pour calmer une foule en colère samedi devant l'ambassade de Russie à Kiev, après la destruction en vol d'un avion militaire.

Plusieurs hauts responsables russes avaient appelé le président ukrainien à limoger le ministre.

- La Russie lance des poursuites-

Le Comité d'enquête russe a de son côté annoncé mercredi lancer des poursuites contre le ministre ukrainien de l'Intérieur Arsen Avakov et d'autres responsables pour l'opération armée dans l'est du pays «visant intentionnellement au meurtre de civils».

Le ministre, ainsi que le gouverneur de la région ukrainienne de Dnipropetrovsk, Igor Kolomoïski, sont également soupçonnés d'«organisation de meurtres, recours à des moyens et méthodes de guerre illégaux, enlèvement, entrave au travail des journalistes», indique le Comité d'enquête.

Deux journalistes de la holding regroupant les chaînes de la télévision publique russe, VGTRK, Igor Korneliouk et Anton Volochine, ont été tués mardi au cours d'une attaque près de Lougansk, l'un des bastions de l'insurrection séparatiste.

La France a demandé à ce que «toute la lumière» soite faite «sur les circonstances de la mort de ces deux journalistes», a déclaré mercredi le porte-parole du quai d'Orsay, Romain Nadal, faisant écho à la demande d'enquête mardi du Conseil de sécurité de l'ONU sur les cas de violences envers des journalistes.