VIDEO. Irak: Comment EIIL a modernisé la propagande djihadiste

TERRORISME Le groupe sunnite de l’État islamique en Irak et au Levant diffuse des vidéos à la fois ultra-violentes et sophistiquées…

Romain Scotto

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Photo prise à partir d'une vidéo de propagande diffusée par l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), le 11 juin 2014 et montrant un groupe de combattants réunis dans la province de Ninive en Irak
Photo prise à partir d'une vidéo de propagande diffusée par l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), le 11 juin 2014 et montrant un groupe de combattants réunis dans la province de Ninive en Irak — - Isil

Un drone tournoie dans le ciel irakien d’où il capte quelques images d’une ville sous contrôle. Puis, tel un rotor d’hélicoptère, il s’emballe avant d’être stoppé par un grand «boum». Changement de plan avec le tir au lance-roquettes d’un combattant djihadiste de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), acteur réel du dernier film de propagande du groupe islamiste. Intitulé «Le choc des épées IV», ce film a été diffusé et relayé sur Twitter juste avant l’offensive dans le nord de l’Irak qui aurait coûté la vie de 1.700 soldats irakiens de confession chiite.

Les codes du cinéma d'action

Encore une fois, EIIL rompt avec la tradition du film de propagande classique, à base de plans fixes, face caméra, montrant un combattant cracher sur l’Occident. Désormais, les codes du cinéma d’action (montage dynamique, prises de vues aériennes, zooms, effets sonores, ralentis) sont utilisés, confirmant que la guerre des images est l’un des pivots de sa stratégie de conquête du groupe islamiste. «Ils communiquent sur différents fronts avec différents produits. Ils s’adressent par exemple à la jeunesse occidentale qui est très moderne avec les jeux vidéos, des choses dynamiques», observe Abdelasiem El Drifraoui, chercheur à l’Institut des médias et de la communication politique de Berlin.

Selon l’auteur de Al-Qaïda par l’image, EIIL fait partie de ces nouveaux groupes, modernes, qui disposent de moyens quasi professionnels pour assurer leur propagande religieuse. «Ils suivent tous les progrès techniques. Les hommes spécialistes des médias qui savent manier les logiciels de montage sont très recherchés et très bien payés par les djihadistes.» Un journaliste de CNN a d’ailleurs relevé quelques similitudes entre le film en question et Zero Dark Thirty la superproduction américaine signée Kathryn Bigelow rqui retrace la traque de Ben Laden.

«Ils font une veille média très attentive avec une stratégie très réfléchie, poursuit Abdelasiem El Difraoui. En 2004, j’ai réalisé un film en Allemagne sur la propagande d’Al-Qaïda. Deux ans après, Al-Qaïda reprenait des séquences de mon film dans un documentaire sur le 11-Septembre. Ils ont des stratèges médias qui savent comment monter des campagnes.»

L’horreur totale des exécutions de masse

En exhibant la violence extrême des djihadistes, EIIL se démarque aussi des communiqués classiques. Sur certains films, on y voit des exécutions collectives de policiers irakiens. Le tout sur des «chants guerriers» a cappella typiques de ce genre de vidéos. «Ce qui est nouveau, c’est l’horreur totale des exécutions de masse. Là, ils poussent la spirale», observe le spécialiste. Une stratégie qui aurait une double finalité. Rassurer les civils sunnites en leur montrant qu’ils resteront à l’écart des combats. Mais aussi susciter de nouvelles désertions au sein des forces gouvernementales à l’heure où les djihadistes ont pris le contrôle de Mossoul et ne sont plus qu’à 60 km de Bagdad.