Offensive djihadiste en Irak: «Ils sont en train de mettre en place une partie de leur programme»

INTERVIEW Selon le spécialiste de l’Irak à l'Iris Karim Pakzad, les combattants de l’EIIL n’ont pas la capacité de faire tomber Bagdad…

Propos recueillis par Romain Lescurieux

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Photo prise à partir d'une vidéo de propagande diffusée par l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), le 11 juin 2014 et montrant un groupe de combattants réunis dans la province de Ninive en Irak
Photo prise à partir d'une vidéo de propagande diffusée par l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), le 11 juin 2014 et montrant un groupe de combattants réunis dans la province de Ninive en Irak — - Isil

Après la prise de Mossoul mardi et la chute de Tikrit mercredi à 160 kilomètres de Bagdad, les djihadistes de l’EIIL (Etat Islamique en Irak et au Levant) poursuivent leur avancée. Le porte-parole de l’organisation, Abou Mohammed al-Adnani, a exhorté les insurgés à «marcher sur Bagdad», dans un enregistrement sonore daté de mercredi et traduit par le réseau américain de surveillance des sites islamiste.

Face à cette situation, le Conseil de sécurité se réunit ce jeudi pour étudier la situation et venir en aide aux populations. De son côté le président iranien Hassan Rohani a affirmé que son pays «luttera contre la violence et le terrorisme» des rebelles jihadistes sunnites, sans toutefois donner de détails. Les Etats-Unis, eux, n’excluent pas des frappes aériennes pour enrayer l’offensive. Karim Pakzad, spécialiste de l’Irak à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) fait le point sur la menace.

La menace sur Bagdad est-elle réelle? Et jusqu’où peuvent s’étendre les combats de l’EIIL en Irak?

La menace existe bel et bien. Mais il faut avoir en tête deux choses. D’une part, les combattants de l’EIIL (Etat islamique en Irak et au Levant) n’ont pas la capacité en termes d’effectifs et de moyens de rentrer dans Bagdad et la faire tomber. La capitale irakienne reste très bien protégée, aidée par des milices chiites très bien entraînées. De plus, les combattants Kurdes sont déjà positionnés pour stopper cette avancée des extrémistes sunnites dans le pays. D’autre part, dans l’hypothèse où l’EIIL parviendrait à prendre Bagdad, la riposte et les sanctions internationales -notamment en provenance l’Iran et des Etats-Unis- ne ne se feront pas attendre. Dans ce cas de figure, ils peuvent provoquer une guerre.

La prise de Mossoul a tout de même prouvé que les combattants étaient très bien entraînés, est-ce qu’il y a risque de déstabilisation politique?

Ils ont effectivement fait tomber Mossoul où l’armée n’a pas résisté très longtemps, puis Tikrit à 160 kilomètres de Bagdad. Mais dans ces zones, l’armée irakienne n’est pas bien organisée. Ce qui est certain et extrêmement grave, c’est qu’ils sont en train de parvenir à mettre en place une partie de leur programme et de l’idéologie, c’est-à-dire un Etat entre la Syrie et l’Irak, un califat au cœur du monde arabe. A partir de cette base, ils pourront lancer de nombreuses opérations et déstabiliser tout le Moyen-Orient.

Cela fait pourtant plusieurs mois que l’EIIL grignote du terrain en Irak. Pourquoi aucune décision n’a été prise plus tôt de la part des Occidentaux ou des pays voisins?

Absolument, ils ont d’abord profité de la situation de chaos et d’instabilité politique qui ne cesse de se dégrader dans le pays. Et notamment des tensions entre le Premier ministre Nouri al-Maliki et ses alliés. Ce contexte a permis à l’EIIL de lancer leurs attaques à partir de la Syrie sans être trop inquiétés. Puis, la menace de ce premier groupe armé de la région a été sous-estimée, négligée par les Occidentaux. Mais désormais l’EIIL a la capacité de déstabiliser le Moyen-Orient.

Quelles sont les solutions pour endiguer cette offensive?

La seule solution désormais pour stopper l’avancée de cette organisation est de mettre en place une politique de lutte cohérente contre Al-Qaida et les différents groupes affiliés dans la région, dont la plus importante et la plus menaçante pour le moment est l’EIIL.