Les jihadistes s'emparent d'une nouvelle ville en Irak, exode massif

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Des Irakiens fuient les combats dans le nord de la province de Ninive où sévit l'EIIL et arrivent au point de passage de Aski kalak, le 11 juin 2014
Des Irakiens fuient les combats dans le nord de la province de Ninive où sévit l'EIIL et arrivent au point de passage de Aski kalak, le 11 juin 2014 — Safin Hamed AFP

Les rebelles jihadistes ont pris mercredi une nouvelle ville en Irak et avançaient vers la capitale Bagdad dans une offensive fulgurante qui a poussé à la fuite environ un demi-million d'habitants.

Cette avancée des jihadistes sunnites de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) face à des forces irakiennes en déroute et un pouvoir chiite impuissant, risque de plonger le pays riche en pétrole dans le chaos.

Leur dernière conquête est Tikrit, à 160 km au nord de Bagdad, une prise très symbolique car elle est la région natale du président sunnite Saddam Hussein renversé et exécuté après l’invasion américaine de 2003. Ils ont en outre tenté, en vain, de prendre Samarra, à une centaine de km de Bagdad, selon des témoins.

Coup sur coup, les jihadistes ont pris depuis mardi, presque sans combats, la province de Ninive, dont Mossoul, deuxième ville d'Irak, est le chef-lieu, et des secteurs de deux provinces proches, Kirkouk et Salaheddine, majoritairement sunnites.

Dans une démonstration de force, l'EIIL a pris en otages 48 Turcs au consulat de Turquie à Mossoul parmi lesquels le consul et des membres des forces spéciales. Il a en outre exécuté par balles 15 membres des forces irakiennes dans la province de Kirkouk selon des responsables.

«Tout Tikrit (chef-lieu de Salaheddine) est aux mains des insurgés», après deux heures de combats avec les forces de sécurité, a indiqué un responsable. Les jihadistes ont tenté en outre de prendre Baïji, où se trouve l'une des plus grandes raffineries du pays, mais sans succès.

- Réunion du Parlement jeudi -

Parallèlement, les attentats anti-chiites ne connaissent pas de répit, faisant près de 40 morts.

Considéré par les Etats-Unis comme «une menace pour la stabilité de toute la région» et l'un des «groupes terroristes les plus dangereux au monde», l'EIIL, qui ambitionne d'installer un Etat islamique, a prévenu qu'il «n’arrêtera pas la série d'invasions bénies».

L'EIIL contrôlait déjà de larges secteurs de la province occidentale irakienne d'Al-Anbar à la frontière syrienne. Accusé d'abus en Syrie, il y tient de larges secteurs de la province pétrolière de Deir Ezzor (nord-est), faisant craindre une unité territoriale avec le nord-ouest irakien.

Impuissant et miné par des clivages confessionnels, le gouvernement irakien dominé par les chiites a annoncé qu'il fournirait des armes aux citoyens qui se porteraient volontaires pour combattre les insurgés, et appelé le Parlement, qui se réunit jeudi, à décréter «l'état d'urgence».

Mais face à l'avancée dans le Nord des combattants jihadistes aguerris, soldats et policiers ont montré peu de résistance et abandonné leurs postes, selon des responsables irakiens et des témoins.

Le gouverneur de la province de Ninive, Athil al-Noujaïfi, a accusé les chefs militaires d'avoir abandonné le champ de bataille.

Craignant pour leur vie, «plus de 500.000 personnes se sont déplacées à l'intérieur et autour de Mossoul», qui compte habituellement deux millions d'habitants, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

- Pas d'incidence sur le pétrole -

Selon l'OIM, les habitants fuient leurs foyers à l'intérieur de Mossoul, vers d'autres régions de Ninive et vers la région autonome du Kurdistan.

A 50 km de Mossoul, des files interminables d'hommes, femmes et enfants fuyant les pénuries dans leur cité attendaient à un barrage kurde pour obtenir un permis de séjour pour passer au Kurdistan.

«On a peur des conséquences de cette invasion car si l'armée entre, elle pourrait se venger des habitants», a affirmé l'une des déplacés, Zahra Chérif.

Les Etats-Unis ont promis d'apporter leur assistance aux habitants en fuite, et le nouvel ambassadeur en Irak, Stuart Jones, a estimé que la violence avait «atteint des niveaux qui n'avaient pas été constatés depuis 2007» lors des affrontements confessionnels entre chiites et sunnites (dizaines de milliers de morts).

Dans Mossoul, les combattants, vêtus d'uniformes militaires ou de tenues noires, le visage découvert, étaient positionnés près des banques, des administrations publiques et au siège du Conseil provincial, selon des témoins.

Selon des experts, l'EIIL est formé en grande partie en Irak d'ex-cadres et membres des services de sécurité de Saddam Hussein qui ont rejoint la rébellion après l'invasion, après avoir été exclus par les Américains.

Les troupes irakiennes, formées par les Etats-Unis à partir de zéro, n'ont jamais réussi à devenir une véritable force armée.

Basé dans l'ouest irakien d'où il s'est infiltré en Syrie via une longue frontière poreuse, l'EIIL est aidé par des tribus anti-gouvernementales et jouit d'un certain soutien parmi la minorité sunnite qui s'estime marginalisée par le pouvoir chiite.

Enfin, dans l'immédiat, la prise de Mossoul aura un effet limité sur les exportations pétrolières, selon Eurasia Group consultancy basé à New York.