Débarquement: Dans une Ouistreham revenue en 1944, le présent se raccroche au passé

COMMEMORATION Comme dans toute célébration historique, l’actualité n’était pas loin ce 6 juin 2014 sur la plage de la cité normande…

Enora Ollivier
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Les ex-soldats français et allemand Léon Gautier et Johannes Börner se donnent une accolade, le 6 juin 2014 à Ouistreham.
Les ex-soldats français et allemand Léon Gautier et Johannes Börner se donnent une accolade, le 6 juin 2014 à Ouistreham. — Ian Langsdon/AP/SIPA

De notre envoyée spéciale à Ouistreham

Quand résonne la musique dédiée aux morts, ces «50 millions de victimes» en Europe comme le rappelle la voix off qui commente les images, bien rares sont ceux qui ne montrent pas leur émotion. Il est un peu plus de 17h ce vendredi et la cérémonie touche à sa fin sur la plage de Ouistreham, redevenue le temps de quelques heures la Sword Beach que des soldats britanniques ont foulée par milliers de leur pied le 6 juin 1944. Il y a 70 ans.

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La ville aussi a pris des accents d’antan. Un nombre incalculable d’habitants a accroché à ses fenêtres, portails et balcons des drapeaux français, britanniques, américains, canadiens. La veille, de la musique des années 40 égayait déjà la rue principale de la cité balnéaire où se croisaient touristes et passionnés, arborant tenues militaires ou circulant dans des véhicules d’époque. Certains commerçants avaient même arrangé leur coiffure façon début 20e siècle pour l’occasion.

«Servir la paix pour qu’un conflit ne dégénère pas en guerre»

Des témoins de l’époque sont là, encore. Assis pour beaucoup sur des fauteuils roulants, les vétérans regardent, l’œil ému et les vestes lourdes de médailles, le spectacle. «C’est sans doute la dernière fois que je viens», glisse l’un d’eux. A 91 ans, c’est la 5e fois qu’il revient en Normandie, où il a été blessé pendant la guerre. Tous ces hommes -1.800 étaient invités- sont sollicités, beaucoup. On leur sert la main, on leur touche les épaules. On leur dit «thank you», surtout.

Devant 18 chefs d’Etat, François Hollande rappelle le «devoir» de chacun: «lutter contre les fanatismes, contre les extrémismes (…) Faire preuve de la même bravoure que ceux qui sont venus sur ces plages». Mais aussi «servir la paix pour qu’un conflit ne dégénère pas en guerre». On ne peut s’empêcher d’associer ces paroles au temps présent et aux tensions à l’Est.

D’ailleurs, quand l’écran géant affiche simultanément les deux visages de Barack Obama et Vladimir Poutine, une rumeur s’élève dans les tribunes. Les deux présidents, eux, sourient. Pensent-ils à eux quand le spectacle se clôt -somptueuse image de réconciliation- sur l’accolade des deux ex-soldats français et allemand Léon Gautier et Johannes Börner?

«Un moment de rassemblement»

«C’est un devoir pour chacun d’entre nous d’honorer la mémoire de ceux qui, lors de ces événements tragiques, ont donné leur vie pour notre liberté». Ces mots-là ne sont pas de François Hollande mais de… Nicolas Sarkozy.

Finalement présent à la commémoration après avoir tergiversé l’ancien président attire sur lui les caméras. Et ne s’est pas privé d’associer, lui aussi, Histoire et présent. «C’est un moment de rassemblement, notre pays en a bien besoin», a-t-il assuré sur France 2. A peine la cérémonie terminée, l’ancien chef de l’Etat retourne devant les objectifs mais botte en touche à la question de son retour: «La politique n’a pas sa place là. Peut-être un autre jour…» 2014 devrait bientôt reprendre tous ses droits.