Marseille: Une autre voix pour la Syrie

SOCIETE Une jeune réfugiée syrienne a créé une radio sur Internet pour « rapprocher les gens »...

A Marseille, Mickaël Penverne

— 

Marseille, dans les Bouches-du-Rhône.
Marseille, dans les Bouches-du-Rhône. — Capture d'écran Googlemap

Elle a ouvert lentement les yeux. Avant la guerre, Caroline Ayoub travaillait pour Paris Gallery, l’équivalent des Galeries Lafayette, à Damas. Un bon salaire, des voyages, pas de politique, pas de question, pas d’histoire. Et puis, c’est la révolution.

«Un jour, j’ai vu à la télévision Bachar El Assad sourire et même rire alors qu’il y avait de plus en plus de morts autour de nous», se souvient-elle. Un peu plus tard, c’est son ami musulman, Bilal, qui est arrêté et torturé pour avoir mis en cause le dictateur sur Facebook. Elle, la chrétienne des beaux quartiers, comprend alors que «Damas n’est pas Babel».

Pas de politique

Caroline se tourne vers la révolution. Elle aide les familles des «martyrs» et travaille avec des journalistes étrangers. En avril 2012, sa vie bascule. Elle est arrêtée et envoyé à la prison militaire de Mazzeh. «Je suis resté pendant un mois dans une cellule d’un mètre sur un mètre. Je ne dormais plus, je ne mangeais plus. Et j’entendais tous les jours ces tortures…»

Le cauchemar terminé, elle part en France, s’installe à Marseille. Elle y crée Radio Souriali avec une journaliste partie, elle, à Washington. «Souriali, en arabe, ça veut dire: "La Syrie est à moi", explique la jeune femme. C’est aussi un jeu de mot avec le surréalisme. C’est tellement hallucinant ce qu’il se passe là-bas.»

Aujourd’hui, ils sont une quinzaine comme elle, éparpillés dans le monde, à travailler de leur appartement, avec un micro et un ordinateur, pour faire entendre une autre voix de la Syrie. «Ce n’est pas une radio d’opposition, précise Caroline. On ne parle pas de politique. On veut être positif. Rester pacifique, rapprocher les gens, c’est le meilleur moyen de lutter contre ce régime.»

De l’actualité à la cuisine

À son lancement, en juin 2012, Radio Souriali n’émettait que sur Internet. Depuis le début de l’année, elle est aussi diffusée en Syrie sur la bande FM grâce à des rebelles utilisant des émetteurs clandestins. La radio, qui dispose d’une application Androïde, est également disponible sur le site Soundcloud. Souriali propose une dizaine d’émissions, en arabe, sur l’actualité, la culture et l’histoire. La plus populaire, Fattouch, est consacrée à la cuisine syrienne.