Abdication de Juan Carlos: Quelles conséquences pour la monarchie espagnole?

INTERVIEW Jean Chalvidant, docteur en civilisation espagnole et auteur de «L’Espagne de Franco à Zapatero», décrypte pour «20 Minutes» l’abdication de Juan Carlos…

Romain Lescurieux

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Le futur roi d'Espagne, Felipe, et son père Juan Carlos, roi de 1975 à 2014.
Le futur roi d'Espagne, Felipe, et son père Juan Carlos, roi de 1975 à 2014. — PEDRO ARMESTRE / AFP

Le roi d’Espagne Juan Carlos, affaibli par de multiples ennuis de santé et à la popularité ternie par les scandales, a abdiqué au profit de son fils, le prince Felipe, a annoncé ce lundi le chef du gouvernement Mariano Rajoy, prenant le pays par surprise.

Le prince des Asturies, Felipe, âgé de 46 ans, doit devenir le prochain roi d’Espagne sous le nom de Felipe VI. Rupture ou continuité? Jean Chalvidant, docteur en Civilisation espagnole, répond à 20 Minutes.

Quelles peuvent être les conséquences de cette abdication de Juan Carlos?

Il n’y aura ni cassure, ni changement. Néanmoins, le prince Felipe arrive sur le trône, tout neuf, tout lisse, remplaçant un roi à l’image détériorée. Le scandale de la chasse aux éléphants au Botswana il y a deux ans, alors que la crise frappait le pays, et l’affaire d’un détournement présumé d’argent public et de fausses factures par son gendre, Iñaki Urdangarin, en 2011, sont des moments culminants de manque de crédibilité du roi aux yeux du peuple. Pourtant, rappelons qu’il y a vingt ans, 85 % des Espagnols le soutenaient.

Est-ce que ce départ prouve toutefois une faiblesse de la monarchie?

Non, l’institution monarchique en Espagne est bien en place et ne bougera pas. Car quasiment personne ne la remet en cause. Il y a eu un rejet de Juan Carlos à cause de ses affaires et scandales mais à aucun moment les Espagnols ne s’opposent à la monarchie parlementaire. Seule l’extrême gauche réclame une République. Sinon tout le monde s’accorde et se reconnaît dans ce système politique.

Il y aura donc une véritable continuité avec le prince Felipe?

Oui, car cette relève est prévue de longue date et le prince Felipe a été formé dès son plus jeune âge pour régner. Il va donc parfaitement enfiler les chaussons de son père. Comme lui, il dictera certains principes mais ne prendra aucune décision politique. Il ne se positionnera pas du côté de tel ou tel parti politique. Il inaugurera les chrysanthèmes en quelque sorte. Concrètement, il devra représenter l’unité, tout en restant irréprochable. Mais encore une fois, il arrive à 46 ans, sur le trône, lisse et bien formé.