Election présidentielle en Syrie: «Les Syriens vont voter pour le retour de l’ordre, donc pour Bachar al-Assad»

INTERVIEW Frédéric Pichon, spécialiste de la Syrie, estime que l'élection présidentielle en Syrie ne mettra pas en danger Bachar al-Assad…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Détail montrant un expatrié syrien au Liban votant pour le président Bachar al Assad dans un des bureaux de vote installés au Liban, le 28 mai 2014
Détail montrant un expatrié syrien au Liban votant pour le président Bachar al Assad dans un des bureaux de vote installés au Liban, le 28 mai 2014 — Joseph Eid AFP

Une élection jouée d’avance. Alors que les Syriens s’apprêtent à se rendre aux urnes ce mardi, le président Bachar al-Assad est assuré de remporter le scrutin présidentiel. Opposé à deux candidats inconnus, qualifiés de «faire-valoir» pour le président sortant, Bachar al-Assad devrait sortir renforcé de cette élection présidentielle, estime Frédéric Pichon, docteur en histoire contemporaine spécialiste de la Syrie.

Cette élection présidentielle peut-elle mettre Bachar al-Assad en danger?

Pas du tout. Le scrutin ne peut pas l’inquiéter car il est en position de force: il organise les élections, ses opposants ne sont pas très dangereux, et surtout il a réussi à se poser comme le seul garant de l‘ordre et de la sécurité pour les Syriens. Il a évacué l’aspect politique pour ne retenir que l’aspect sécuritaire et les Syriens vont voter pour le retour de l’ordre, donc pour Bachar al-Assad. Dans l’état actuel des choses, personne ne peut le forcer à céder le pouvoir et tout le monde dans la région, Israël compris, a intérêt à ce qu’il reste en place.

Ces élections ne changeront donc rien à la situation en Syrie?

Elles ne vont pas changer grand-chose dans le pays. Bachar al-Assad en sortira encore renforcé et légitimé dans sa lutte contre ceux qu’il appelle les terroristes, y compris à l’extérieur du pays. Bachar al-Assad se pose en rempart contre le terrorisme et se rend indispensable aux Occidentaux, au premier rang desquels les Français, car nous allons avoir besoin d’échange d’informations et de coopération avec le régime syrien pour traiter le problème de nos djihadistes.

L’opposition au gouvernement a qualifié les élections de «parodie de démocratie», est-ce justifié?

Oui, car les conditions d’une élection présidentielle transparente ne sont pas réunies, mais quand on connaît les principaux soutiens financiers et politiques de l’opposition, qui sont le Qatar et l’Arabie saoudite, c’est un peu surréaliste de poser la question en ces termes: ce ne sont pas les meilleurs donneurs de leçon.