Syrie: L'opposition assiste, impuissante, à un maintien au pouvoir d'Al-Assad

20 Minutes avec AFP

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Des Syriens brandissent des portraits du président Bachar al-Assad à Lattaquié le 29 mai 2014
Des Syriens brandissent des portraits du président Bachar al-Assad à Lattaquié le 29 mai 2014 — SANA

Les rebelles divisés et leurs parrains étrangers assistent, incrédules, à l'organisation par le régime d'une élection qui aboutira au maintien au pouvoir de leur ennemi Bachar al-Assad, indéboulonnable malgré trois ans de guerre.

Le scrutin, qui se déroulera dans les régions tenues par le pouvoir, vise à démontrer que Bachar Al-Assad et ses alliés sont convaincus de remporter cette guerre, quitte à tuer le mince espoir de parvenir à une solution politique, affirment opposants et rebelles.

«Nous étions bien plus forts quand la révolution a commencé»

«Il y a deux ans, nous pensions tous qu'il était impossible que le régime se maintienne jusqu'aux élections de 2014. Je n'arrive vraiment pas à croire ce qui se passe», confie Thaer, un militant de Homs, ville surnommée jadis «capitale de la révolution» et où aujourd'hui la rébellion a été éradiquée. «Nous étions bien plus forts quand la révolution a commencé. Le mouvement était pacifique et important et nos espoirs étaient grands», explique-t-il à l'AFP via internet.

Un commandant rebelle de la province de Damas, Sélim Hejazi, partage cet avis. Pour lui, si le régime est à même de tenir cette élection le 3 juin, c'est à cause des divisions endémiques de l'opposition, son manque de leadership et le manque de soutien de la communauté internationale.

Manque de soutien international

«Ce n'est pas que la communauté internationale est paralysée, c'est en vérité, qu'elle ne veut pas nous aider», assure-t-il. Pendant que l'armée loyale à Bachar al-Assad reçoit une assistance militaire et financière de Moscou et Téhéran, le soutien à la rébellion de ses parrains qatari, saoudien, turc ou occidental est pour le moins chaotique.

Le rebelle cite aussi «la désorganisation permanente et le fractionnisme dans les rangs de l'opposition armée». Même si l'opposition a réussi à s'emparer de portions significatives du territoire syrien, dans le nord et l'est, le régime continue à surpasser en puissance de feu les rebelles, grâce à son aviation, aux supplétifs syriens et des combattants aguerris du Hezbollah libanais.

«Pas de solution politique»

Sur le terrain, le régime a fait état de plusieurs avancées ces derniers mois, à mesure que l’élection approchait. Il s'est enorgueilli d'avoir réussi à chasser les rebelles de la vieille ville de Homs et d'avoir brisé le siège imposé par les rebelles à la prison d'Alep. Pour les opposants, ces avancées sont un fort signal qu'«il n'y a absolument aucune solution politique à l'horizon. Le régime répète à tue-tête qu'il veut l'emporter militairement», explique M. Nashar.

Des représentants de l'opposition et du régime ont tenu pour la première fois des pourparlers infructueux en début d'année en Suisse sous le parrainage de Washington et de Moscou. L'opposition veut que Bachar Al-Assad soit exclu de toute solution politique ce que le régime refuse, des divergences qui laissent dans l'impasse une issue politique au conflit qui a fait plus de 160.000 morts. Et la tenue du scrutin qualifié de «farce» par l'opposition «signifie malheureusement que la guerre et le bain de sang vont continuer», résume le militant de Homs.