Ukraine: le conflit fait rage dans l'Est

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Un rebelle pro-russe sur le toit du siège de l'administration régionale, à Donetsk, le 29 mai 2014
Un rebelle pro-russe sur le toit du siège de l'administration régionale, à Donetsk, le 29 mai 2014 — Viktor Drachev AFP

La crise dans l'Est de l'Ukraine s'est brutalement intensifiée jeudi lorsque les rebelles prorusses ont abattu un hélicoptère de l'armée ukrainienne, tuant 12 soldats dont un général.

Les forces loyalistes, qui tentent depuis près de deux mois de mettre fin à l'insurrection séparatiste, ont connu ainsi leur journée la plus noire.

Le Mi-8 ukrainien, qui transportait des hommes pour la relève des troupes et un général des forces du ministère de l'Intérieur, a été visé par un lance-missiles sol-air portatif russe près du bastion prorusse de Slaviansk, a affirmé le président par intérim Olexandre Tourtchinov devant le Parlement.

Ces affrontements meurtriers ont donné lieu à une nouvelle passe d'armes entre l'Ukraine et la Russie, au moment où ces deux pays sont au bord d'une nouvelle «guerre du gaz» qui inquiète les Européens.

De nouvelles négociations d'urgence sont prévues pour vendredi à Berlin afin d'éviter une interruption des livraisons, possible dès mardi.

«Je suis convaincu que nos forces armées (...) mèneront à son terme le nettoyage des terroristes et que les criminels que finance la Russie seront éliminés ou se retrouveront sur le banc des accusés», a lancé M. Tourtchinov, qui doit laisser la place le 7 juin au vainqueur de la présidentielle de dimanche, Petro Porochenko.

La diplomatie russe a de son côté appelé les Occidentaux à faire pression sur les autorités ukrainiennes pour arrêter l'escalade de la violence et le glissement de l'Ukraine vers une «catastrophe nationale».

Après des combats qui ont fait une quarantaine de morts (surtout des séparatistes) lundi à l'aéroport international de Donetsk, la tension reste vive sur le terrain tandis que les informations sont contradictoires sur les quatre observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) avec lesquels le contact est perdu depuis lundi.

Le «Premier ministre» de la République de Donetsk autoproclamé par les prorusses dans l'est de l'Ukraine, Alexandre Borodai, a affirmé jeudi n'avoir aucune information à leur sujet. «Nous ne savons pas où ils sont et nous les cherchons. Il est possible qu'il s'agisse d'une provocation visant à nous accuser faussement de les détenir», a-t-il indiqué.

- «Nettoyer l'Est des séparatistes» -

Quelques heures auparavant, le maire autoproclamé de Slaviansk, place forte des insurgés prorusses, Viatcheslav Ponomarev, avait pourtant déclaré que les quatre observateurs - un Danois, un Estonien, un Turc et un Suisse - étaient aux mains de ses troupes.

Un autre groupe, de 11 observateurs, a été également brièvement détenu mercredi dans la région de Donetsk.

L'OSCE a qualifié la détention de ses observateurs d'acte de «sabotage des efforts internationaux» pour mettre fin à la crise et aux combats.

«Nous avons un plan d'action (...). Ce plan conduira à un nettoyage total du territoire ukrainien, et plus précisément de l'Est, des séparatistes», a martelé pour sa part le ministre de la Défense Mikhaïlo Koval.

Vainqueur de la présidentielle de dimanche avec 54,7% des voix, le milliardaire Petro Porochenko a indiqué vouloir «immédiatement» entamer des négociations avec les Etats-Unis et l'Europe sur une alliance de défense «pour protéger l'Ukraine militairement», dans un entretien avec le quotidien allemand Bild.

Il assure dans le même temps vouloir discuter avec Vladimir Poutine.

Les deux hommes ont été invités à participer aux cérémonies commémoratives du Débarquement le 6 juin, auxquelles doivent assister aussi leur homologue américain Barack Obama et la chancelière allemande Angela Merkel.

La diplomatie allemande semble vouloir ménager Moscou et lui épargner de nouvelles sanctions et attend en échange qu'elle «use de son influence sur les différents groupes séparatistes», comme l'a indiqué le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier.

Sur le front gazier, Moscou exige de l'Ukraine qu'elle honore ses arriérés (3,5 milliards de dollars) et aussi le paiement anticipé des livraisons de juin tandis que Kiev, exsangue financièrement, pose comme préalable des assurances sur une baisse du prix du gaz, actuellement le plus élevé en Europe.

L'Ukraine a toutefois reçu un coup de pouce de la Banque mondiale qui lui a versé jeudi 750 millions de dollars à l'Ukraine, soit la première tranche de l'aide de 3,5 milliards de dollars débloquée pour le pays.