Présidentielle en Egypte: Al-Sissi remporterait 93% des suffrages exprimés

MONDE Le vote a été prolongé de 24h pour tenter de relever la participation...

20 Minutes avec AFP

— 

Une affiche montrant al-Sissi dans une rue du Caire le 26 mai 2014
Une affiche montrant al-Sissi dans une rue du Caire le 26 mai 2014 — Mahmoud Khaled AFP

Les bureaux de vote ont fermé mercredi pour la présidentielle en Egypte après une prolongation de 24 heures pour tenter de relever une participation par souci de légitimité pour l'ex-chef de l'armée Abdel Fattah al-Sissi.

Les dépouillements dans près de 15% des bureaux de vote pour la présidentielle dessinent déjà, avec plus de 93% des suffrages, la victoire annoncée écrasante de l'ex-chef de l'armée et homme fort de l'Egypte Abdel Fattah al-Sissi, selon la télévision d'Etat.

Le maréchal à la retraite, qui dirige de facto le gouvernement depuis 11 mois, est soucieux de s'assurer un soutien populaire massif depuis qu'il a destitué et fait arrêter le 3 juillet 2013 le président islamiste Mohamed Morsi. Il avait dit lors de la campagne attendre pas moins de «45 millions» de voix sur les 53 millions d'électeurs.

La participation était estimée à 37%

Mais à l'issue des deux jours d'un scrutin dénoncé par les défenseurs des droits de l'Homme qui soulignent l'absence de toute opposition -dont les représentants sont interdits, tués ou emprisonnés-, la participation était estimée à 37%, loin des 51,85% lors de l'élection en 2012 de Mohamed Morsi, premier chef de l'Etat élu démocratiquement du pays.

Les médias officiels devraient être en mesure d'annoncer rapidement la victoire au premier tour de Abdel Fattah al-Sissi, tant il est populaire et opposé à un unique et pâle rival, même si les résultats officiels sont prévus d'ici au 5 juin.

Mais depuis son coup de force du 3 juillet contre Mohamed Morsi et la féroce et sanglante répression lancée par le gouvernement contre les partisans du président déchu et sa confrérie des Frères musulmans, l'ex-chef de l'armée répète jusqu'à l'obsession qu'il souhaite un adoubement massif du peuple.

D'où l'annonce surprise mardi soir de prolonger de 24 heures un scrutin initialement prévu sur deux jours, «pour permettre au plus grand nombre de voter», selon la Commission électorale issue du gouvernement, invoquant une «vague de chaleur faisant que le plus grand nombre d'électeurs ne se déplacent que le soir».

«Personne n'a jamais cru qu'il s'agissait d'une élection libre et juste»

Dès lundi soir, présentateurs et commentateurs rivalisaient d'imagination pour inciter les Egyptiens à aller voter, alternant supplications et menaces, tandis que se multipliaient les rumeurs sur de possibles amendes ou poursuites en justice pour les abstentionnistes.

«Personne hors d'Egypte ou en Occident n'a jamais cru qu'il s'agissait d'une élection libre et juste, a estimé Shadi Hamid, chercheur au Saban Center américain.

Mais avec cette prolongation du scrutin, «le régime apparaît comme incompétent et ne cachant pas son cynisme, ce qui va galvaniser les Frères musulmans qui diront qu'ils dénonçaient cela depuis le début», a-t-il prédit.

La confrérie de Mohamed Morsi -principale cible de la répression du nouveau pouvoir qui a fait plus de 1.400 morts et quelque 15.000 arrestations- a estimé mercredi que son appel au boycott était «une nouvelle gifle» au pouvoir de Sissi et signait le «certificat de décès du coup d'Etat militaire» du 3 juillet.