Présidence de la commission européenne: La nomination de Juncker en question

DÉCRYPTAGE Il n'est «pas exclu» que le candidat du PPE ne soit pas désigné, selon une source européenne, alors que, sur le papier, il «apparaît comme le candidat légitime au poste»...

Bérénice Dubuc

— 

Jean-Claude Juncker, candidat PPE à la présidence de la Commission européenne
Jean-Claude Juncker, candidat PPE à la présidence de la Commission européenne — REYNALDO PAGANELLI/SIPA

Il a un mois -d’ici au prochain sommet des 28, fin juin- pour trouver le prochain président de la Commission européenne. Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a été mandaté mardi soir par les chefs d'Etat et de gouvernement des 28 pour conduire des consultations portant notamment «sur les nominations», à commencer par celle du président de la Commission. Et «il n'est pas exclu que Juncker ne soit pas celui qui soit désigné», a indiqué une source européenne à l’AFP.

En effet, si le Traité de Lisbonne impose désormais au Conseil européen de proposer un candidat au Parlement «en tenant compte des élections au Parlement européen», rien ne les oblige à choisir le futur président de la Commission dans les rangs du parti arrivé en tête des élections, en l’occurrence du Parti populaire européen (PPE, centre-droit). Et ce, alors même que les partis politiques européens ont affirmé aux électeurs pendant la campagne que leur voix compterait pour élire le successeur de Jose Manuel Barroso.

Le Conseil divisé

Pourtant, l’ancien Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker «apparaît comme le candidat légitime au poste du point de vue électoral dans la situation actuelle, avec le PPE en tête assez largement devant le PSE», juge Thierry Chopin, enseignant à Sciences Po et directeur des études de la Fondation Robert Schuman, soulignant la différence à deux chiffres entre les deux partis (214 sièges pour le PPE contre, 189 pour les sociaux-démocrates).

Mais le PPE n’obtient pas la majorité absolue (376 sièges), et le candidat qui sera choisi devra recevoir le soutien de la majorité absolue du Parlement. Jean-Claude Juncker va donc devoir trouver une coalition majoritaire. «Il devrait pouvoir la rassembler sur son nom, d’autant plus que presque tous les groupes parlementaires européens lui ont donné un mandat pour en rassembler une».
 

La balle sera ensuite dans le camp du Conseil européen. En son sein, le président français, François Hollande, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ont reconnu la victoire du PPE, cette dernière ayant même confirmé mardi son soutien à Jean-Claude Juncker. Mais plusieurs autres dirigeants européens, au premier rang desquels le Britannique David Cameron, refusent de le soutenir. Cette opposition, composée également du Néerlandais Mark Rutte, du Hongrois Viktor Orban, du Suédois Fredrik Reinfeldt et du Finlandais Jyrki Katainen, peut-elle constituer une minorité de blocage à sa nomination?

Lutter contre l’euroscepticisme

«Pas sûr du tout», pour Thierry Chopin. D’abord parce que David Cameron n’a pas forcément le poids politique pour empêcher un accord au sein du Conseil, après son importante défaite face à l’Ukip, ensuite parce que la désignation du candidat pour la présidence de la Commission pourrait faire partie d’un «paquet» avec ceux des trois autres postes majeurs des institutions de l'UE: président du Conseil, président du Parlement et de chef de la diplomatie. «La Grande-Bretagne pourrait donner son accord sur le président de la Commission pour ensuite obtenir des soutiens pour les autres postes», analyse Thierry Chopin, qui rappelle également qu’il n’y a pas d’unanimité requise au sein du Conseil sur le nom du candidat à présenter au Parlement.

Sans compter qu’aller contre cette logique démocratique ne serait pas le meilleur message adressé aux opinions publiques européennes, après la vague d’euroscepticisme et d’europhobie qui a déferlé dimanche sur l’Europe. «Tout le monde fait le constat de la hausse de la défiance des citoyens européens à l’égard de l’UE, et l’un des moyens pour lutter contre cette défiance, c’est de créer un lien plus direct entre les citoyens et les personnalités politiques de l’UE», conclut Thierry Chopin. Et donc de laisser, pour la première fois, émaner le nom du président de la Commission des urnes.