VIDEOS. En Jordanie et en Israël, le pape donne des sueurs froides aux forces de sécurité

MONDE Mission très délicate pour François qui a entamé samedi en Jordanie une visite religieuse mais aussi politique en Terre sainte...

M.B. avec AFP

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Le pape François et le roi Abdallah sur une affiche placardée le 22 mai 2014 dans une rue d'Amman en Jordanie
Le pape François et le roi Abdallah sur une affiche placardée le 22 mai 2014 dans une rue d'Amman en Jordanie — Patrick Baz AFP

Une premier voyage au Moyen-Orient qui sera scruté à la loupe. Le pape François a entamé samedi en Jordanie un déplacement, placé sous le signe du dialogue inter-religieux et de l’œcuménisme afin de rapprocher les Eglises catholique et orthodoxe toujours divisées.

Après la Jordanie, le souverain pontife, qui a appelé à «prier pour la paix dans cette terre qui souffre tant», se rendra à Bethléem, en Cisjordanie et à Jérusalem. «Ce sera un voyage strictement religieux», a dit le pape argentin devant des milliers de fidèles rassemblés pour son audience hebdomadaire place Saint-Pierre.

Dans un Moyen-Orient troublé, la visite de ce pape rétif au protocole et qui n'aura pas de papa-mobile blindée, donne des sueurs froides aux forces de sécurité. En Jordanie, 500 soldats renforceront la Garde royale et 3.000 agents de la sécurité palestinienne prendront la relève à Bethléem.

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La police israélienne mobilisera 8.500 agents pour un dispositif baptisé «Opération soutane blanche». Elle a par ailleurs engagé des procédures d'éloignement à l'encontre de 15 activistes juifs d'extrême droite soupçonnés de vouloir «provoquer des troubles» et accentué la surveillance des sites sensibles.

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50 ans après

Il s'agira d'abord pour François de rencontrer à Jérusalem le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée, le chef spirituel de l'Eglise orthodoxe dans le monde, 50 ans après le sommet historique entre le pape Paul VI et le chef de l'Eglise orthodoxe de l'époque, Athénagoras.

Le moment fort de cette rencontre sera une prière commune dimanche soir dans l'Eglise du Saint-Sépulcre, le lieu de la crucifixion, de la mise au tombeau et de la résurrection du Christ selon la tradition. Relancer l'élan œcuménique et le dialogue inter-religieux sont parmi les priorités du pontificat de François qui, symbole fort, sera accompagné dans son voyage d'un rabbin, Abraham Skorka, et d'un professeur musulman, Omar Abboud, vieux amis de Buenos Aires. «Le pape essaiera d'être équilibré», a déclaré le rabbin Skorka, et donc de partager équitablement ses visites entre les lieux juifs, musulmans et chrétiens.

Mais le voyage sera d'une certaine manière également «politique», a admis le secrétaire d'Etat du Vatican, Pietro Parolin, alors que la Syrie est en guerre, que le processus de paix israélo-palestinien est dans l'impasse et que la région connaît une poussée islamiste. En Jordanie, François rencontrera le roi Abdallah II, célébrera une messe et prendra un bain de foule dans un stade d'Amman, avant de se rendre à Wadi al-Kharrar, plus connu sous le nom biblique de Béthanie, dans la vallée du Jourdain, le site du baptême de Jésus. Il y priera en compagnie de réfugiés syriens dans le royaume.

Exode des chrétiens d'Orient

Le pape devrait par ailleurs s'exprimer sur un problème qui inquiète le Vatican au plus haut point: l'exode des chrétiens d'Orient. Quelque 250.000 chrétiens vivent en Jordanie sur une population de sept millions.

«En raison de la popularité mondiale dont jouit François, s'il vient en Terre sainte et dit aux chrétiens 'je suis à vos côtés', cela aura du sens pour eux. Le monde fait attention quand François parle. Ses déclarations auront une grande résonance», selon le vaticaniste américain John Allen.

Dimanche, le pape s'envolera en hélicoptère pour se rendre à Bethléem où il rencontrera le président palestinien Mahmoud Abbas avant de présider une grand-messe, de visiter le camp de réfugiés proche de Dheisheh et de déjeuner avec des familles palestiniennes défavorisées.

Etape suivante, l'aéroport Ben Gourion à Tel-Aviv où il sera officiellement accueilli en Israël par le président Shimon Peres. «Nous l'accueillons en homme de paix», a affirmé ce dernier dans un entretien publié samedi par Le Figaro.

Le pape ira à Jérusalem pour voir en privé Bartholomée avant la prière commune au Saint-Sépulcre. Lundi, dernier jour du pèlerinage, François se rendra sur l'Esplanade des mosquées et au Mur des lamentations, hauts lieux sacrés de l'islam et du judaïsme. Ensuite, au cimetière national d'Israël au Mont Herzl, il déposera une gerbe sur la tombe du fondateur du sionisme Théodore Herzl, une première pour un pape, avant de se rendre au mémorial de l'Holocauste de Yad Vashem et de rencontrer Shimon Peres et le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Il conclura son séjour par une messe au Cénacle, lieu du dernier repas de Jésus pour les chrétiens et tombeau du roi David pour les juifs. Le Cénacle est au cœur de tractations complexes entre Israël et le Vatican, l’usage du lieu étant revendiqué par les chrétiens, tenus pour «idolâtres» par la frange radicale du judaïsme nationaliste religieux.