Mali: Attaques meurtrières dans le nord, le gouvernement déclare la guerre aux «terroristes»

DÉCRYPTAGE Trente-six personnes, dont huit militaires, sont mortes et une trentaine de fonctionnaires sont retenus en otage...

Bérénice Dubuc avec AFP

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Le Premier ministre malien, Moussa Mara, (2e D) passe en revue les troupes à Kidal, dans le nord du Mali, le 17 mai 2014.
Le Premier ministre malien, Moussa Mara, (2e D) passe en revue les troupes à Kidal, dans le nord du Mali, le 17 mai 2014. — AFP PHOTO / FABIEN OFFNER

Le Mali est toujours «en guerre». Ce week-end, des attaques meurtrières dans le nord du pays ont conduit le gouvernement malien à déclarer la guerre aux «terroristes» qui sévissent à Kidal, fief de rebelles touareg dans le nord.

Que se passe-t-il au Mali?

A Kidal, fief de rebelles touareg, des combats meurtriers ont eu lieu samedi entre soldats maliens et combattants de groupes armés, alors que le Premier ministre malien Moussa Mara effectuait sa première visite dans le nord du pays. Le gouvernorat a été attaqué «par une coalition de forces», - «le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad, rébellion touareg) appuyé par des éléments des groupes terroristes» non identifiés, selon Bamako. Ces forces comprenaient «des djihadistes, des terroristes, (…) avec l’objectif manifeste de détruire et d’attenter à nos vies», a dit Moussa Mara.

Quel est le bilan des violences de ce week-end?

Trente-six personnes sont mortes, dont huit militaires, et 25 soldats maliens ont été blessés, a indiqué Bamako, ajoutant que 62 «agresseurs» avaient été blessés. La mission de l’ONU au Mali (Minusma) a elle fait état de 23 blessés dont 2 graves dans ses rangs. Une trentaine de fonctionnaires sont en outre retenus en otages, selon le ministre malien de la Défense, Soumeylou Boubèye Maïga. Le MNLA a précisé compter parmi ses «prisonniers de guerre», «le directeur régional de Kidal, un préfet, le conseiller du gouverneur et 24 soldats (…) et des cadres d’administration». Dimanche, la Minusma a également parlé de «l’assassinat de deux civils et six officiels maliens à Kidal», dénonçant un «crime barbare», sans plus de détails.

Comment a réagi le gouvernement à Bamako?

Par ces violences à Kidal, «les terroristes ont déclaré la guerre au Mali, le Mali est donc en guerre contre ces terroristes», a indiqué Moussa Mara. Il a ajouté par la suite que les autorités s’activaient pour obtenir la libération des otages. Selon lui, les «djihadistes» se sont «infiltrés» à Kidal «pour semer la terreur, pour participer au chaos aux côtés des autres groupes terroristes de la ville». Les soldats maliens se préparent «à toutes les éventualités», a-t-il ajouté. «Il n’y a pas de petites mesures, nous allons les combattre avec les moyens nécessaires.» «Nous allons si nécessaire doubler nos effectifs sur place», a renchéri le ministre de la Défense. Le président Ibrahim Boubacar Keïta doit s’adresser ce lundi à ses compatriotes sur la situation nationale.

Comment a réagi la communauté internationale?

La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) s’est dite préoccupée par «la détérioration grave de la situation politico-sécuritaire» au Mali, et a condamné «les actes de violences à Kidal». L’Union africaine (UA) a également condamné ces violences, et a appelé «les parties à faire preuve de la plus grande retenue». Les Etats-Unis ont pour leur part appelé dimanche soir à la libération «immédiate» des otages, et exhorté «les parties en présence à s’abstenir de violence et de tout acte mettant en péril des civils».

Le nord du Mali n’est donc toujours pas sécurisé…

En dépit de la présence sur place de soldats maliens, français et onusiens, Kidal échappe toujours au contrôle de l’Etat malien. Selon plusieurs sources, la ville est devenue une zone de non-droit, en proie à l’anarchie et aux rivalités de groupes armés. De plus, les dernières violences ont suscité au Mali des réactions d’hostilité envers la force Serval et la Minusma ainsi que la France, accusées de soutenir le MNLA ou de passivité face à lui.