Vietnam: Un mort et une centaine de blessés dans des émeutes antichinoises

MONDE Elles ont été déclenchées par le déploiement par Pékin d'une plateforme pétrolière au large d'îles que se disputent les deux pays...

20 Minutes avec AFP

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Manifestants vietnamiens anti-chinois devant une usine, le 14 mai 2014 à Binh Duong, au Vietnam
Manifestants vietnamiens anti-chinois devant une usine, le 14 mai 2014 à Binh Duong, au Vietnam — VNExpress AFP

Un Chinois a été tué et une centaine ont été blessés lors d'émeutes au Vietnam, suscitant la colère de Pékin jeudi, qui accuse Hanoï de «connivence» dans ces violences antichinoises d'une ampleur inédite depuis des décennies. Les émeutes, débutées mardi dans le sud du Vietnam, ont été déclenchées par le déploiement par Pékin d'une plateforme pétrolière au large d'îles que se disputent les deux pays communistes en mer de Chine méridionale. 

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Hanoï, régime autoritaire à parti unique qui ne tolère aucune contestation habituellement, a promis des «mesures sévères» pour reprendre la situation en main, avant que les incidents n'effrayent les investisseurs étrangers.

Des manifestations permises par le gouvernement?

«J'ai demandé au Premier ministre des mesures sévères», a déclaré le ministre du Plan et de l'Investissement, Bui Quang Vinh, évoquant 400 entreprises touchées au total par ces violences étendues à 22 des 63 provinces du Vietnam. Le Premier ministre, Nguyen Tan Dung, a décrit la situation comme «très sérieuse» et précisé que les émeutiers devaient être sanctionnés.

Il a cependant assuré que le patriotisme animant les manifestants était «une bonne chose».

La récente flambée de violences «est directement liée à l'indulgence du gouvernement vietnamien et à sa connivence avec une partie des forces antichinoises et des fauteurs de troubles», a accusé de son côté Hua Chunying, porte-parole de la diplomatie chinoise. Selon des experts, le gouvernement vietnamien permet certaines manifestations afin d'exprimer son extrême mécontentement envers Pékin. Mais il pourrait avoir été dépassé par l'ampleur du mouvement, précisent-ils.

Une aciérie prise pour cible

Des centaines de ressortissants chinois installés au Vietnam se sont réfugiés au Cambodge voisin, selon la police cambodgienne. Les dernières émeutes se sont produites dans le centre du pays, dans la province de Ha Tinh, à quelque 500 kilomètres de Hanoï.

Après le pillage de parcs industriels dans le sud, c'est une aciérie du groupe taïwanais, Formosa Plastics, qui a été prise pour cible par la vindicte populaire dans la nuit de mercredi à jeudi. «Un employé chinois a été tué», a déclaré un responsable local, Dang Quoc Khanh, ajoutant que trois bâtiments hébergeant les ouvriers chinois avaient été incendiés sur le site.

Au moins 149 personnes ont été blessées, selon un dernier bilan officiel, précisant que 76 personnes avaient été interpellées. «Les émeutiers sont partis, mais nous avons tous peur qu'ils reviennent», a déclaré à l'AFP un diplomate taïwanais, Huang Chih-peng.

Selon l'agence officielle Chine nouvelle, au moins une dizaine d'employés chinois restaient introuvables jeudi.

Relations normalisées en 1991

Le Vietnam et la Chine ont une longue histoire émaillée de contentieux, nourrissant les rancoeurs nationalistes au coeur des émeutes actuelles. Tout d'abord, ces fameuses îles en mer de Chine méridionale: en 1974, alors que les Etats-Unis se retiraient du Vietnam, la Chine avait pris le contrôle des îles Paracels (Xisha en chinois) en mer de Chine méridionale, occupées par le Sud-Vietnam.

De plus, en 1979, les deux voisins communistes se sont affrontés lors d'une guerre sino-vietnamienne, brève mais sanglante, après l'invasion par la Chine des provinces les plus septentrionales du Vietnam. Le bilan est de dizaines de milliers de morts de part et d'autre. S'ajoute une autre bataille, en 1988, pour le contrôle des îles Spratleys (Nansha en chinois), qui a fait quelque 70 morts côté vietnamien.

Cela n'a pas empêché les deux pays de normaliser leurs relations en 1991 et de multiplier les liens économiques. Mais la politique revendicative de Pékin et son annonce début mai du déploiement d'une plateforme de forage pétrolier en eau profonde dans les eaux contestées a réveillé les vieux démons nationalistes au Vietnam.