Rapt de lycéennes au Nigeria: Que peut faire l’Occident contre Boko Haram?

TERRORISME L’opinion et les Etats occidentaux se mobilisent pour retrouver les adolescentes enlevées par le groupe islamiste...

Nicolas Beunaiche

— 

Michelle Obama s'engage pour les lycéennes enlevées par Boko Haram, le 7 mai 2014.
Michelle Obama s'engage pour les lycéennes enlevées par Boko Haram, le 7 mai 2014. — Twitter/ @Flotus

Sur Twitter, dans la rue comme au sommet de l’Etat, la mobilisation occidentale prend de l’ampleur après le rapt au Nigeria de plus de 200 lycéennes par le groupe islamiste Boko Haram. Ce mardi, alors que des experts américains passent à la loupe la vidéo diffusée la veille, de nombreuses célébrités, dont Carla Bruni-Sarkozy et Valérie Trierweiler, se sont réunies place du Trocadéro, à Paris, pour demander la libération des adolescentes. L’Occident semble avoir été réellement touché par l’événement, mais a-t-il pour autant les moyens d’atteindre Boko Haram? Les experts en doutent.

Une mobilisation contre-productive?

De la jeune Pakistanaise Malala à Michelle Obama, le hashtag #BringBackOurGirls a fait le tour de la planète grâce au Web. Les personnalités réunies à Paris l’ont même repris ce mardi matin en le francisant: «Dirigeants: Rendez-nous nos filles!» Mais cette campagne a-t-elle vraiment eu un impact? Le site américain Mashable lui attribue en tout cas le mérite d’avoir alerté les médias. Interrogé par 20 Minutes, Mathieu Pellerin, chercheur à l’Ifri, estime lui que la mobilisation de l’opinion a probablement participé à la décision de la France, des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne d’envoyer des équipes sur place. Mais «tout cela ne résout aucunement le problème sécuritaire que pose Boko Haram, qui n’a d’ailleurs pas connu de dégradation particulière depuis l’imposition de l’état d’urgence il y a un an, contrairement à ce qui peut être dit», s’empresse-t-il d’ajouter.

Pire, assurent certains experts, la mobilisation occidentale pourrait avoir des effets pervers. «Au Nigeria, cette indignation planétaire […] donne une notoriété immense au leader Aboubakar Shekau, qui devient l’icône de la lutte contre l’Occident, et qui arrivera sans doute à recruter davantage sur place», assure l’islamologue Mathieu Guidère au Figaro. «Cette campagne fait le jeu de Boko Haram», renchérit Bertrand Monnet, spécialiste des risques criminels, interrogé par Europe 1.

Sécuriser les frontières

Ce dernier pointe aussi du doigt la médiatisation donnée par les Etats occidentaux eux-mêmes à Boko Haram. «Qu’ils relayent à ce point ce message en exigeant la libération de ces lycéennes est noble dans l’esprit, mais […] cela sert la stratégie de Boko Haram de recueillir le maximum de bruit, de “buzz” autour de son action sordide et terrible», juge-t-il. La meilleure option, donc? Aider le Nigeria sur le terrain. Outre le décryptage de la vidéo de Boko Haram, les Américains effectuent ainsi depuis lundi des missions d’espionnage et de surveillance depuis le ciel pour retrouver les lycéennes enlevées.

Toutefois, estime Mathieu Pellerin, la solution au problème Boko Haram viendra du Nigeria et de ses Etats voisins. La piste de l’intervention militaire occidentale, évoquée par quelques rares voix, est ainsi «inenvisageable». La faculté qu’a Boko Haram de se fondre dans la population nigériane la disqualifie, estime le chercheur. «Le Nigeria a refusé et refuserait une nouvelle fois cette option», conclut-il.

Ce que peuvent faire les Etats occidentaux, en revanche, précise Mathieu Pellerin, «c’est presser l’Etat nigérian d’éviter autant que possible les bavures contre les civils, qui font le jeu de Boko Haram, et contribuer à la sécurisation des frontières du Nigeria pour éviter que la menace ne se dissémine davantage». Deux sujets qui devraient être abordés samedi à Paris. François Hollande y recevra des représentants du Nigeria, mais aussi de quatre de ses voisins.