Européennes 2014: Pourquoi tant de listes des petits partis?

ELECTIONS La campagne pour les élections européennes débute officiellement ce lundi, avec quantité de candidatures de partis inconnus du grand public…

Anne-Laëtitia Béraud
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Illustration: Une électrice dépose un bulletin dans une urne devant le drapeau de l'Union européenne.
Illustration: Une électrice dépose un bulletin dans une urne devant le drapeau de l'Union européenne. — © European Union 2013 EP

Alors que la campagne pour les élections européennes débute officiellement ce lundi pour s’achever samedi 24 mai à minuit en France métropolitaine, ce scrutin est choyé par pléthore de partis souvent inconnus du grand public. Comment expliquer cet engouement? Eléments d’explications par 20 Minutes.

Beaucoup d’appelés, peu d’élus

Les électeurs qui enverront les 74 eurodéputés français au Parlement européen auront, en moyenne, à choisir entre 24 listes par circonscription. Si au total, 193 listes en France sont en compétition, pour la seule Ile-de-France, 31 listes sont proposées. Figurent ainsi aux côtés d’Europe citoyenne - menée par l’ancienne ministre Corinne Lepage - le Parti Pirate européen, ou encore les Féministes pour une Europe solidaire. Dans une catégorie plus originale, se présentent Europe Démocratie Espéranto, qui promeut l’esperanto sur le continent européen, mais aussi Cannabis sans frontières ou encore le mouvement Parti Faire un Tour (Pfft).

>> Toutes les listes sur le site du ministère de l'Intérieur

Contrairement à une présidentielle, il est plus facile pour les petits mouvements de se lancer dans l’aventure électorale européenne. Ils n’ont pas besoin d’avoir de nombreux candidats: pour monter une liste, il faut de neuf à trente personnes. Les candidats n’ont plus de caution financière à verser, et ce, depuis 2003. Et contrairement à la présidentielle, aux législatives et aux municipales, où pour obtenir un remboursement des frais de campagne il faut obtenir 5% des suffrages, ce seuil est abaissé à 3% aux européennes.

Bricolage et bénévolat

Pour économiser, certains partis n’impriment d’ailleurs même plus leurs bulletins et professions de foi. Ainsi, Europe-Décroissance ou Démocratie réelle ne déposeront pas de matériels dans les bureaux de vote. Ils proposent, via leurs sites Internet, d’imprimer un bulletin officiel à déposer dans l’urne. «Faites attention au papier que vous utilisez, aux options d'impression, et découpez précisément votre bulletin. La loi fixe des règles sévères pour qu'un bulletin de vote soit considéré valide», avertit Démocratie réelle sur son site.

Une stratégie pour amplifier sa communication à peu de frais est de présenter des candidats dans au moins cinq des huit circonscriptions françaises. Ce seuil franchi, l’accès devient gratuit pour la campagne d’information à la télévision. Ainsi, les méconnus Alliance écologiste indépendante, Alliance royale, ou encore l’Association d'objecteurs de croissance vont bénéficier d’une communication télévisuelle pour ce scrutin. Quant à Internet, il est évidement prisé par ces partis, mais pas seulement. A Nouvelle Donne, menée par Pierre Larrouturou, la communication en ligne se double de  réunions organisées par des bénévoles des comités locaux, et la récente publication d’un ouvrage*.

De la difficulté d’émerger

Mais si ces petites formations sont nombreuses à se lancer, rares sont seules qui rencontrent le succès. A titre d’exemple, la circonscription Ile-de-France comptait 27 listes candidates aux européennes de 2009. Si cinq listes avaient remporté un siège d’eurodéputés, quinze d’entre elles n’avaient pas dépassé les 1%. Autre difficulté, se faire connaître et reconnaître parmi une offre politique surabondante. La campagne sera donc, pour ces formations, loin d’être de tout repos.

Aux élections européennes, le scrutin à la proportionnelle permet à des candidats qui ont eu des scores faibles de conquérir un siège d’eurodéputé. Cela s’est notamment produit pour des candidats Front de Gauche en 2009: Marie-Christine Vergiat (circonscription Sud-Est) a été élue avec 5,90% des suffrages, Patrick Le Hyaric (Ile-de-France) avec 6,32%, Jacky Hénin (Nord-Ouest) avec 6,84%, et Jean-Luc Mélenchon (Sud-Ouest) avec 8,16%. A cette même élection, le candidat Front national Bruno Gollnisch a été élu dans le Sud-Est avec 7,57% des suffrages, et la centriste Sylvie Goulard avec 8,48% dans l’Ouest.

*La grande trahison, éd. Flammarion, 15 euros.